RUSSO-BALTIQUE

La marque Russo-Baltique est réapparue très récemment. Nous profitons de ce retour sous les feux de l’actualité pour vous présenter un historique de cette marque.

 

En 1869 est fondée à Riga, alors dans l’Empire russe, une usine destinée aux constructions mécaniques, la Russo-Baltique.

En quelques années, elle prend un essor spectaculaire en produisant notamment des wagons de chemin de fer et du matériel agricole. Elle vendra même à l’exportation, par exemple, des wagons aux chemins de fer italiens.

Au début du siècle, cette grosse entreprise occupe 4000 personnes.

L’usine crée en 1907 un département automobile, mais n’ayant aucune expérience dans ce domaine, elle recherche la licence de construction d’un modèle européen existant. Elle signe alors un accord avec la firme belge Fondu, de Vilvoorde, spécialiste de matériel ferroviaire, qui construit depuis 1906 une voiture de qualité.

Ce véhicule avait été mis au point par un jeune ingénieur suisse, Julien Potterat. Aussi est-ce ce dernier que Charles Fondu envoie en Russie pour y démarrer la fabrication des premières voitures Russo-Baltique. Potterat devient rapidement directeur du département automobile de l’usine de Riga.

La première Russo-Balt, une 24 HP, sort au printemps 1909 et fait pour ses débuts une intéressante démonstration, un trajet Riga – St Petersbourg en 9 heures, un exploit compte tenu de l’état des routes.

La construction de cette quatre cylindres par paires, de 4,5 litres de cylindrée, avec culasse en T, développant 30 CV à 1200 tr/mn, démarre alors sous le nom de type C (ou type S).

Ce modèle sera développé au cours des ans avec augmentation de cylindrée et de puissance.

 

Photos 01a/01b Deux vues de la première Russo-Balt, la 24 CV au printemps 1909

Photo 02 Un Torpedo typ C de 24 CV en carrosserie sportive, Julien Potterat au volant

Conduites notamment par le journaliste André Nagel, des Russo-Balt participent à de nombreuses épreuves tant en Russie qu’à l’étranger, et même en Afrique.

Un des exploits les plus mémorables de Nagel est sa participation au Rallye de Monaco de 1912.

Il quitte St Petersbourg le 16 janvier et arrive à Monaco le 21 après 3267 km de routes épouvantables, constamment enneigées. Nagel mérite d’être classé dans les tous premiers, mais n’obtiendra que la neuvième place, car sa voiture est jugée trop laide lors du concours d’élégance qui suit l’arrivée !

Photo 03 Rallye de Monaco 1912. La Typ C de Nagel dans la neige

Photo 04 Nagel à son arrivée à Monaco.

La même année, Nagel participe au Concours de San Sebastian, en Espagne, et y remporte la troisième place sur 104 participants.

Photo 05 La 24 CV du rallye Moscou – Saint Sébastien (1912)

Photo 06 La C 24/60 du Grand Prix de St Petersbourg 1914. Moteur de cinq litres, 60 CV, vitesse de 130 km/h.

Photo 07 Schéma de la C 24/40 (1915). Le radiateur est modifié

Photo 07a Typ C (circa 1910)

Photo 07b Typ C (circa 1915-16)

Photo 07c Typ C (circa 1914)

Photo 07d Typ C 24-58 de course

Photo 07e Typ C (carrosserie FREESE)

Entre-temps, un type de voiture plus légère sort d’usine en fin 1911, le type K, à moteur quatre cylindres en un bloc, de 2,2 litres. La K sera construite jusqu’en 1915.

Photo 08 Type K de 12 CV, le dernier exemplaire existant au Musée Polytechnique de Moscou

Photo 09 Type K (1912)

Photo 10 Une K en landaulet destinée au tsar Nicolas II (1912). Peinte en vert avec filets rouge. Le tsar avait autorisé la firme à utiliser comme écusson de radiateur les armes de Russie et l’aigle impérial comme mascotte.

Photo 11 Châssis de la 12 CV type K

Photo 11a Typ K (circa 1915)

Photo 11b Typ K gréée en version compétition (circa 1914)

Potterat quitte la Russo-Baltique en 1912 pour raisons de santé et la firme embauche l’ingénieur allemand Ernst Valentin qui vient de l’usine Richard & Hering.

Valentin développe la production et crée notamment une grosse 7 litres.

Le dernier modèle sortant de l’usine avant que n’éclate la guerre est, en 1913, le type E de 3,7 litres.

Photo 12 Russo-Balt type E 15/35 CV (1913)

Photo 12a Typ E (circa 1914)

A partir de 1912, Russo-Baltique met en fabrication des autobus et des camions, ces derniers surtout destinés à l’armée russe.

Photos 13 Les camions Russo-Balt, de haut en bas le type D de 1 tonne de charge utile, le type T de 5 tonnes de C.U. et le type M de 2 tonnes de C.U.

Photo 13a Camion Typ M

Photo 13b Camion Typ T

Puis l’usine entame la construction de moteurs d’avions.

A l’été 1915, le front se rapproche dangereusement de Riga et on décide d’évacuer l’usine. Les machines et toutes les pièces détachées disponibles sont envoyées dans des ateliers de St Petersbourg, Moscou et Tver.

On y fera encore quelques véhicules jusqu’à la révolution de 1917. Puis tout s’arrête, mais reprendra sur une toute petite échelle en 1922.

En effet, à Moscou, on utilise le stock de pièces subsistant encore pour monter quelques dizaines de voitures appelées Prombron et basées sur le type C 24/40.

Photo 14 Voiture Prombron (1922)

La production totale, voitures et camions, de Russo-Baltique doit avoisiner les 1000 unités.

 

 

 

 

 

Photos 15a/15b/15c/15d/15e/15f Essais sur base Russo-Baltique (circa 1913-14) du français Adolphe Kégresse (1879 – 1943), qui se fera connaître quelques années plus tard par les Citroën à chenilles des fameuses Croisières Noire et Jaune.

 

Texte et archives de Jacques et Yvette Kupélian