Renault veut colorer le paysage automobile

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Lors d’une visite au salon de Francfort (IAA) à l’époque bénie où la « distanciation sociale » était une locution totalement inconnue, votre serviteur a été frappé de constater que les véhicules circulant dans ce haut lieu de la finance étaient pratiquement tous noirs ou blancs. Bref, aucune originalité comme il existait encore dans les autres pays…
Las, cette constatation vaut à présent pour notre pays. En effet, malgré une offre de plus en plus développée en matière de teintes de carrosserie, ce sont les couleurs dites « neutres » comme le blanc, le noir et le gris qui sont les plus choisies par les clients de voitures neuves.

Apparemment, Renault tente de tirer son épingle du jeu puisque la marque au losange colore les routes d’Europe bien plus que ses concurrents. Un marqueur identitaire expliqué par François Farion, Chef Designer Couleurs & Matières chez Renault.

L’éloge du spleen

Blanc, noir, gris. Le constat est sans appel : comme chaque année, depuis 10 ans, les couleurs qui dominent l’industrie automobile sont plutôt ternes. À elles seules, elles représentent près de 80 % des modèles vendus en Europe d’après un rapport sur la popularité des teintes automobiles d’Axalta, un des principaux fournisseurs de peinture automobile.

Quand cette étude s’élargit au monde, la couleur la plus en vogue reste le blanc qui colore les carrosseries de 38% des véhicules neufs vendus aux quatre coins du monde, suivi par le noir et le gris. Serait-ce là un reflet de notre état d’esprit ?

Dans cet environnement morose, François Farion, Chef Designer Couleurs & Matières Renault affirme que Renault vend environ 10% de teintes colorées de plus que ses concurrents.

Renault & les couleurs : une idylle qui ne date pas d’aujourd’hui

Au sortir de la seconde guerre mondiale, l’automobile européenne reprend son activité sans passer à la couleur. Mais la marque Renault va faire figure de précurseur en diversifiant sa palette de coloris disponibles.

Tout commence dans les années 50 avec la visite du P-DG de General Motors. Accueilli par Pierre Lefaucheux, le patron de Renault de l’époque, il n’hésite pas à exprimer le fond de sa pensée en découvrant les chaînes de fabrication : les voitures de la Régie manquent de gaîté !
Il faut dire que les Etats-Unis ont de l’avance sur la couleur dans l’automobile: du vert pomme au rose bonbon, on peut dire que les rues sont colorées…
La graine était plantée !

En parallèle, Paule Marot, décoratrice talentueuse et reconnue, écrit à Pierre Lefaucheux pour lui suggérer d’ajouter de la couleur dans l’offre trop « terne » de la Régie, qui n’est plus adaptée aux envies des consommateurs de l’époque. C’est le déclic.

En 1953, débute la collaboration entre Paule Marot et Renault. En plus de sa renommée dans le secteur du textile et des papiers peints, elle s’impose comme coloriste conseil automobile… un nouveau métier taillé sur mesure pour cette grande Dame.

« C’est à elle que l’on doit l’introduction de véritables couleurs différenciantes dans la gamme Renault, ce qui a notamment contribué au succès de la Dauphine, proposée à l’époque avec une palette riche de 30 teintes pastel… » une première, avance François Farion.

C’est également à Paule Marot que Renault doit la création de son département Couleurs & Matières.

Et si Renault mettait un peu de couleur ?

Au fil des ans, face à la dominante du neutre, Renault continue de se démarquer avec une offre plus colorée que la moyenne des autres constructeurs automobiles.

Tout le monde se souvient par exemple de la Twingo de première génération… À l’époque, Renault s’illustre notamment en cassant les codes couleur !

La voiture est présentée dans les concessions en mars 1993 avec quatre teintes de lancement : bleu outremer, rouge corail, vert coriandre et jaune indien. La « Grenouille » a su marquer son époque. François Farion signale qu’elle n’avait même pas été proposée en blanc.

Le Capturdoit quant à lui une partie de son succès à ses possibilités de personnalisation, comme en témoignent les 80% de ses ventes qui se font en teinte bi-ton. Il est actuellement proposé avec jusqu’à 90 combinaisons de personnalisation extérieure.
Un vrai « plus » pour les conducteurs désireux d’exprimer leur personnalité à travers le choix de couleur de leur véhicule !

Et pour cause, la couleur est loin d’être un détail !
Si on en croit François Farion : « La couleur est souvent la seconde question posée lorsque vous dites à un proche que vous avez acheté une voiture. La première c’est : quel modèle ? La seconde c’est : quelle couleur ? »

Quel avenir pour les couleurs ?

Fidèle à sa philosophie, la marque Renault a choisi de miser plus que jamais sur la couleur pour ses modèles actuels. Selon François Farion : « Renault a toujours cherché les couleurs à vivre. » Il complète d’ailleurs cette affirmation en expliquant qu’un des buts pour la marque est de « faire descendre la couleur dans les rues »
Mais les couleurs sont amenées à se transformer : « A la teinte uniforme de toujours, Renault aimerait substituer plus de raffinement et de subtilité. »

Comment ? En jouant davantage sur les associations, les textures ou les teintes interférentielles rendues possibles grâce à la technologie qui, comme la mode et les tendances, évolue !

Affaire à suivre sur les prochains modèles…

Automania Team

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