Historique : La Peugeot 203, le phénix de Sochaux

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Les usines de Peugeot ont particulièrement souffert de la guerre :

comme toutes les industries françaises, la firme de Sochaux a dû fabriquer du matériel militaire pour l’occupant ce qui valut à ses ateliers d’être la cible des bombardements alliés.

En outre, à la libération, les troupes allemandes se sont livrées à un pillage on ne peut plus méthodique des outils de production.

Peugeot 203 1959


C’est dans ce cadre de désolation que la 203, telle un phénix, apparaît sur les ruines de la firme sochalienne grâce à l’opiniâtreté de quelques ingénieurs sous la houlette de Jean-Pierre Peugeot. Cette nouvelle voiture, malgré sa puissance fiscale de 7 CV, tutoiera sans vergogne les Tractions de Citroën.


Un petit goût d’Amérique

 

A en juger par les commentaires flatteurs qui ont accueilli la 203 au salon de l’auto de 1948, il est incontestable que sa robe plait : ses lignes fuyantes font invariablement penser aux réalisations d’Outre-Atlantique comme les Lincoln ou Chrysler, mais évidemment à l’échelle française…

Peugeot 203 1949

Peugeot 203 1949

Sa carrosserie semi-ponton est à la fois sobre, élégante et bien proportionnée. Comme pour la « ligne fuseau Sochaux » d’Henri Thomas* en 1935, elle a été dessinée en tenant compte de l’aérodynamisme : sa maquette a été créditée d’un Cx de 0,36, ce qui était remarquable pour l’époque.

(*) Henri Thomas, dessinateur français ayant travaillé chez Delage, Delahaye, Rolls-Royce et Hispano, Henri Thomas innove en dessinant avec un tire-ligne qui donne du volume à ses traits.

Peugeot 203 1949

Les portières avant s’ouvrent dans le mauvais sens mais cette disposition permet de s’installer plus aisément à son bord. L’aménagement intérieur a été conçu pour cinq passagers.

Peugeot 203 1959

Le volume du coffre approche le demi-mètre cube mais il est encombré par la roue de secours au demeurant très accessible.
Cerise sur le gâteau, elle possède un toit ouvrant d’origine.

Peugeot 203 1949

Première monocoque de Peugeot, elle mariait des solutions d’avant-garde avec des techniques éprouvées pour leur robustesse : moteur à l’avant et propulsion par essieu arrière rigide.

Peugeot 203 1950

Son moteur de 1290 cm³ fournit une puissance de 42 ch. à 4000 rpm. Bien que son vilebrequin ne repose que sur trois paliers, cette mécanique s’avère être d’emblée une réussite. Les soupapes surdimensionnées sont commandées par un seul arbre à cames et culbuteurs. Les chambres de combustion sont hémisphériques dans une culasse en Alpax, ce qui contribue à un excellent rendement thermique. Il est volontairement limité en puissance, ce qui est un gage de longévité…
Ce raisonnement, bien dans la lignée de Peugeot, a permis à beaucoup de préparateurs de doubler sa puissance sans en altérer sa fiabilité. Le réservoir de 50 litres et une consommation de huit à neuf litres autorisent une autonomie d’environ 600 km. La vitesse de pointe approche les 120 km/h.

Peugeot 203 1949

La boîte de vitesses comporte quatre vitesses dont une quatrième surmultipliée, ce qui est une innovation pour l’époque.
Hélas, le guidage n’est pas parfait et peut donner parfois quelques petits soucis.
De plus, la quatrième manque sérieusement d’endurance : la moindre côte obligera le conducteur à rétrograder.
La transmission s’effectue par un pont à vis sans fin, solution qui permet d’abaisser le tunnel de transmission.

Peugeot 203 1959

Sa suspension est à roues indépendantes à l’avant mais à essieu rigide à l’arrière suspendu par des ressorts hélicoïdaux et guidé par une barre Panhard. Elle est à grand débattement.
Comme la majorité des voitures de l’époque, les amortisseurs sont encore à levier et fabriqués en régie. En revanche, la direction est à crémaillère et autorise un rayon de braquage inférieur à 5 m !

Peugeot 203 1959

Encore rare à l’époque, l’équipement électrique est en 12 V et comporte des fusibles. Celui-ci est alimenté assez étrangement par deux batteries de 6 V placées en série et disposées de part et d’autre du radiateur.
Leur accessibilité est aisée : il suffit de déposer la calandre avant pour avoir les batteries à portée de la main. Petit revers de la médaille : celles-ci restent plus vulnérables car plus exposées.



Au fil des ans,

 

Commercialisée il y a juste soixante ans, la 203 n’a jamais souffert de maladie de jeunesse. Il y a bien sa boîte de vitesses qui a donné un peu de soucis mais rien de bien rédhibitoire.

Peugeot 203 Familiale 1955

Cultivant à l’époque la monoculture, Peugeot élargit vite sa gamme avec une version « affaire » très dépouillée, une « découvrable » et une « familiale« , qui est une version break avec un empattement rallongé de 20 cm et trois rangées de sièges.

Peugeot 203 Fourgonette 1959

A partir de 1950 apparaît tout une gamme de versions utilitaires dérivées de l’empattement long de la familiale : on y retrouve une fourgonnette, une commerciale, un pick-up à ridelles, une camionnette, un plateau cabine ainsi qu’une ambulance.

Peugeot 203 Cabriolet 1955

En 1952, place au luxe : un cabriolet et un coupé apparaissent ! En douze ans, on en fabriquera à peine plus de 3.500 dont une majorité de cabriolets (plus de 70 %).

Peugeot 203 Cabriolet 1955

Peugeot 203 Cabriolet 1955

En 1953 et 1954, la 203 reçoit quelques améliorations techniques et cosmétiques : son moteur développe trois chevaux supplémentaires et quelques modifications majeures permettent aux collectionneurs de les identifier du premier coup d’œil : la lunette arrière est agrandie et les portes avant sont munies de déflecteurs.

A l’intérieur, le tableau de bord jusqu’à là en position centrale, émigre face au conducteur. Une année plus tard, les gouttières du toit ne filent plus vers la custode mais suivent le profil des portes arrière. Le bouchon d’essence est dissimulé derrière une trappe dans l’aile arrière droite et les roues troquent leurs jantes de 155 x 400 pour des jantes de 155 x 380 (cette dernière modification ne concerne pas les utilitaires).

Peugeot 203 1950

En 1955, la Peugeot 403 apparaît : avec une carrosserie dessinée par Pininfarina et un moteur de 1.468 cm³, celle-ci ne tarde pas à s’imposer face à son aînée. Malgré leur complémentarité affichée, les ventes de la 203 s’essoufflent et bientôt son catalogue se réduit à la berline, au cabriolet et à la familiale.

Peugeot 203 1959

Les dés sont jetés et en février 1960, après pratiquement douze années de production, la 203 tire définitivement sa révérence après avoir été fabriquée en près de 700.000 exemplaires, toutes versions confondues (70 % de berlines). Elle restera pour beaucoup une voiture peut-être austère, mais qui a permis à la firme de Sochaux de bâtir son enviable réputation de robustesse et de sérieux.

Mais sa disparition n’est pas définitive pour autant : son moteur éprouvé retrouvera vie dans la 403 7 CV… mais ceci est une autre histoire !



A son volant soixante ans plus tard…

 

Tout d’abord, une voiture ancienne n’a plus rien à prouver sinon son âge. Il faut donc tout relativiser et jouir de cette bouffée du passé qui vibre, sent et ronfle sur la route. A son volant, les années 50 vous sautent à la figure : le fin volant en bakélite est bien positionné et la direction est douce. Nous nous imaginons déjà sur les routes de l’époque… Dieu que nous sommes loin de nos voitures aseptisées aux formes avant-gardistes !

Peugeot 203 1959

Son confort est réel. Cependant, malgré sa dimension (4,35 m tout de même!), on est étonné par l’étroitesse des banquettes : seulement 1,16 m de large à l’avant !
Le démarreur et le starter sont encore commandés par des tirettes. Le changement de vitesses au volant est inversé (première en bas) et exige un certaine habitude. La première et la deuxième vitesse sont très courtes, la troisième – à prise directe – est la bonne à tout faire tandis que la quatrième est plus à considérer comme un overdrive.
Le pot d’échappement est sonore par rapport à certaines de ces contemporaines… mais à l’époque, il y avait pire !

Le chauffage, même s’il est bruyant, est efficace : il est commandé par un bouton placé curieusement à l’extrême droite du tableau de bord, donc à droite du passager avant.

Avec son pare-brise plat et sa petite lunette arrière, la visibilité de la 203 donne au conducteur un sentiment de confinement assez réel.

Quand il pleut, les petits balais cacochymes laissent au centre une surface non nettoyée. Les reprises sont très souples cependant, les accélérations comme le freinage sont d’époque et exigent de la part du conducteur d’aujourd’hui une attention plus soutenue vis à vis des voitures modernes qu’il côtoie.

Tenant compte de tous ces éléments, il faut avouer que tant que le revêtement est en bon état, la tenue de route est bonne mais, comme Jean Bernardet* le soulignait, son principal défaut est de ne pas pardonner les fautes des mauvais conducteurs.
Si d’aventure, on veut forcer l’allure, attention à la gîte !
L’essieu arrière rigide vous rappellera bien vite sa présence par des sautillements réprobateurs et des coups de raquettes bien sentis !

(*) Journaliste responsable de la rubrique essais du quotidien sportif « L’Equipe ». Ingénieur, il produit au début des années 50 ses propres racers 500 sous le label « JB ». Décédé en 2008 à l’âge de 87 ans

 

Sa maniabilité en ville est assez surprenante, avec un diamètre de braquage de moins de 10 m, elle se joue des créneaux.
Comme ses deux premières vitesses sont courtes, sa vivacité en étonnera plus d’un au feu rouge.
Sur route ouverte, une vitesse de croisière entre 90 et 100 km/h semble lui convenir parfaitement.

Peugeot 203 1959

En conclusion, la 203 est l’archétype de la voiture des années 50 :

sa ligne décalée lui donne un charme attachant qui incite à la sympathie.

Sa conception robuste en fait un excellent choix pour débuter une collection de véhicules anciens.