L’Opel Olympia Rekord, une oubliée si courante en Belgique

Classé dans : Historiques - Opel (D) | 0

Opel  Olympia  Rekord  1957.

Conséquence actuelle de la diffusion des nombreux magazines français de véhicules anciens en Belgique, quand on parle des automobiles des années 50, les voitures françaises viennent presque toujours à l’esprit…

Pourtant, celles-ci n’étaient pas les seules à sillonner les routes belges et loin s’en faut : les voitures fabriquées Outre Rhin étaient très nombreuses.


Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil sur de vieilles cartes postales de cette  époque : en plus des Dauphine, Aronde et autres 2CV, on y distinguera une profusion de Coccinelle, Taunus et autres Opel Rekord.

 


L’Opel Rekord, l’archétype de la voiture des années 50

Au salon de Francfort début 1953, Opel présente sur son stand sa nouvelle Olympia. Avec sa nouvelle robe, l’Opel veut concurrencer son éternelle rivale : la Ford Taunus dont la carrosserie avait subi un an plus tôt une cure de jouvence.
 

 Présentation  de  la  nouvelle  Opel  Olympia  (Francfort  IAA  1953).

Révolutionnaire n’est certainement pas le mot approprié, mais sa nouvelle carrosserie ponton fait illusion : elle reproduit à l’échelle européenne le style des voitures de la General Motor. Comme la plupart de ses concurrentes allemandes, sa carrosserie ne dispose que de deux portières.

Opel  Olympia  Rekord  1957.

On dirait une Chevrolet "Bel Air" 1952 en réduction : on y retrouve le même décrochement des ailes arrières et la calandre reproduit discrètement les célèbres "Chevrolet Teeth".

Opel  Olympia  Rekord  1953.

Cela semble être du goût des clients qui mordent à l’hameçon… et la production fait un bond, ce qui est un "Rekord" pour la marque à l’éclair. Cela lui vaudra de se retrouver affublée de cette nouvelle désignation.

Opel  Olympia  Rekord  1953.

En Belgique, elle était à vous pour 76.500 FB. En septembre 53 apparaît une version break appelée "Caravan": son prix était de 84.500 FB. Là encore, la désignation induit en erreur : en fait, elle n’a rien à voir avec la procession de chameaux dans le désert mais correspond à l’anglais "Car A Van" autrement dit "une voiture comme véhicule de livraison". C’est subtil non ?
 

Opel  Olympia  Rekord  Caravan  lors d'une expédition en Amérique du Sud en 1954.

La "Caravan" est épaulée par une variante fourgonnette. Début 54, une version découvrable appelée  complète la gamme, son prix est identique à la version Caravan.
 

Opel  Olympia  Rekord  Caravan  lors d'une expédition en Amérique du Sud en 1954.

Sous le capot, on retrouve un moteur de 1488 cm³ supercarré développant 40 ch. DIN à 3800 rpm et son couple fournit 9,6 mkg au régime paisible de 1900 rpm. Il est accouplé à une boîte de vitesses à trois rapports avec levier au volant, la troisième étant en prise directe. La vitesse maximale est donnée pour 120 km/h ou 118 km/h pour la Caravan qui est montée avec un pont plus court.
 

Suivant le constructeur, la consommation avoisine les 10 l au cent, ce qui lui donne une autonomie d’environ 300 km. Le poids en ordre de marche se limite à 920 kg pour la berline et 1000 kg pour la Caravan. L’alimentation électrique est en 6 V et le circuit est sécurisé par des fusibles.

Opel  Olympia  Rekord  1957.

En 1955, le modèle change de râtelier pour adopter une mâchoire de requin et la lucarne arrière s’agrandit. Sous le capot, le couple du moteur atteint maintenant 10 mkg mais au régime plus élevé de 2300 rpm. Une version simplifiée à prix serré apparaît sous le nom d’Opel Olympia perdant dans la foulée son pseudonyme "Rekord".
 

Opel  Olympia Rekord  Découvrable  "Cabrio-Coach"  1955. 

A partir de 1956, en faveur d’une augmentation du taux de compression, le moteur gagne 5 ch. à un régime de 4200 rpm et l’autonomie s’accroît… grâce à un réservoir plus grand (35 l au lieu de 31 l). Une fois de plus, sa lucarne arrière s’élargit.
 

Est-ce l’âge ? Toujours est-il qu’elle a perdu définitivement ses dents : sa calandre devient grillagée et reproduit ainsi les évolutions stylistiques de sa grande sœur d’Outre-Atlantique : la bien nommée Chevrolet Bel Air.
 

Opel  Olympia  Rekord  1956.

A l’intérieur, les clignotants ont enfin une remise à zéro automatique. En revanche, les essuie-glace sont toujours entraînés par l’arbre à cames. Cette solution théoriquement rationnelle pose des problèmes dans la pratique : à faible vitesse, le balayage est beaucoup trop lent et en conséquence, sous une pluie battante ou suite à des projections, la visibilité devient vraiment aléatoire.
 

Opel  Olympia  Rekord  1957.

Enfin, en 1957, apparaissent les dernières modifications avant une refonte complète du modèle : le toit est plus plat, un jonc chromé court maintenant sur toute la ceinture de caisse, les phares sont protégés par une casquette et le grillage de calandre disparaît au profit d’une calandre à fanons style baleine souriante. Le modèle découvrable n’est plus produit, ce qui n’empêche pas la firme de Rüsselsheim de réaliser son meilleur millésime avec presque 170.000 exemplaires montés, ce qui correspond à 30 % de la production.

Durant ces cinq années d’existence, avec environ 80 % de la production, la limousine est de loin le modèle le plus fabriqué.
 

La "Caravan" et la fourgonnette viennent ensuite avec respectivement 16 % et 4 %.

Au volant

Evidemment, oubliez la sophistication de l’Insignia 2009 : ici vous avez un véhicule, qui demande à être mené avec tout le respect que l’on doit avoir envers un ancêtre. L’espace intérieur est relativement mesuré : 1,29 cm à l’avant et 1,28 cm à l’arrière. Les sièges bicolores sont garnis de skaï de bonne facture.

Opel  Olympia  Rekord  1957.

Le volant possède une jante très fine, le klaxon est disposé au centre. Le tableau de bord fait dans la sobriété : un compteur de vitesse en arc de cercle. À sa gauche, un thermomètre pour la température du liquide de refroidissement et à sa droite, une jauge pour le carburant. Quelques témoins éparpillés çà et là complètent le tout. A gauche, les manettes du chauffage se présentent sous la forme de levier glissant dans des fentes verticales.

Le changement de vitesses est au volant et se présente sous la forme d’un petit levier à l’allure bien fragile. Comme sur sa grande sœur américaine, la commande d’inversion des phares est au pied. Au centre du tableau de bord, une grille chromée pouvant intégrer un haut-parleur. Une montre à remonter toutes les semaines fait face au passager. Celle-ci est intégrée dans le couvercle de la boîte à gant qui ferme à clé.

Les dossiers de la banquette avant basculent pour donner accès à l’espace arrière qui est rehaussé de deux cendriers, deux accoudoirs latéraux ainsi que deux crochets-portemanteaux.

Elle mesure 4,24 m de long, 1,63 m de large et 1,53 m de haut.

Opel  Olympia  Rekord  1957.

Malgré une alimentation en 6V, le moteur démarre au quart de tour. Sa sonorité dans l’habitacle est typiquement Opel, elle se mue en en ronron un peu lancinant à allure constante. La direction est légère voire un peu flottante. À condition de décomposer le mouvement du petit levier, les vitesses passent bien. Les quatre tambours des freins participent fidèlement au ralentissement de l’engin.

La tenue de route est bonne… pour autant que l’on ne perde jamais de vue que c’est une propulsion avec un essieu arrière rigide suspendu par trois lames de ressorts semi-elliptiques et que les pneus sont particulièrement étroits (5,60 – 13).
 

De toute façon, l’amorce de roulis que prendra la voiture si elle est malmenée, mettra certainement un sérieux frein aux éventuelles ardeurs des Fangio…

Faites également attention à sa sensibilité au vent latéral.

Le diamètre de braquage fait un peu moins de 11 m, ce qui est élevé pour une propulsion.

Opel  Olympia  Rekord  1957.

Le moteur est souple et les reprises sont de bonne facture mais il est vrai que le couple moteur vient assez rapidement.

L’allure la plus raisonnable tourne autour des 80 à 90 km/h : elle permettra une consommation de l’ordre de 8 l à 8,5 l au cent. Rouler plus vite, elle peut naturellement le faire, mais il faudra alors se rappeler en permanence que c’est un ancêtre…

Oubliée ou dédaignée ?

Voiture sans éclat apparent, elle a rendu énormément de services à beaucoup de conducteurs belges. Sa fiabilité était bonne et sa pompe à eau ne souffrait pas encore de cette fragilité devenue par la suite quasi légendaire. Alors qu’elle était si courante à l’époque, il est navrant de constater sa relative rareté au sein du monde du véhicule ancien à un point tel que les productions cinématographiques actuelles, censées reproduire les fifties la négligent au profit de voitures plus "exotiques" qui n’ont probablement jamais roulé sur les routes belges à l’époque. Evidemment, il y a plus "sexy" qu’une Opel Olympia Rekord, mais cette dernière s’est toujours acquittée de sa tâche avec vaillance et discrétion.
 

Opel  Olympia  Rekord  1957.

Tous nos vifs remerciements à François Coisne, propriétaire du modèle présenté depuis plus de vingt-trois ans.
Cette Opel a été montée en 1957 dans les usines de la GM à Anvers et a appartenu au curé d’Herentals. Strictement d’origine, le véhicule présente encore très bien et n’a jamais été restauré, hormis une nouvelle peinture que François lui a offerte, il y a quelques années.

Opeliste jusqu’au bout des ongles, il tient ce virus de son père, qui en a possédé quelques exemplaires dont une Opel Olympia 1955 à la finition spartiate.
Cette dernière ne possédait ni température d’eau, ni montre, ni allume cigare, ni même un pare soleil pour le passager avant !
Celui-ci devait sans doute s’estimer heureux d’avoir déjà un siège pour s’asseoir…