Minerva Story

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Publicité Minerva 12 CV 1929


Minerva est indiscutablement la marque automobile belge la plus prestigieuse qui ait existé.


Au sommet de sa gloire, elle se permit, même en Angleterre, de faire un peu d’ombre à Rolls-Royce.

 

Voici un bref récapitulatif des grandes dates de cette grande marque

 


 

Un technicien hollandais, installé en Belgique, Sylvain de Jong, ouvre un commerce de bicyclettes anglaises en 1889.

Peu après, avec des associés, il entame la fabrication de vélos sous le nom de Mercury, à Anvers.

Fin 1897, il quitte Mercury et fonde avec ses frères la société S. de Jong et Cie afin de construire des vélos sous le nom de Minerva, la déesse de la sagesse.

Le succès est rapide et on construit une usine à Berchem-Anvers.

De Jong cherche à se diversifier et étudie un moteur qui équipe quelques tricycles et une voiturette.

Il s’essaie aussi à la moto mais il s’avère que le moteur Minerva ne donne guère de satisfaction et de Jong achète des moteurs suisses ZL qu’il fabrique bientôt sous licence.

Dès la fin 1900, une fabrication de motos est lancée.

Outre les motos Minerva, on vend des moteurs à de nombreux autres constructeurs étrangers, en Angleterre, en France, en Hollande notamment.

Quelques voitures ont aussi été faites en 1900 mais leur fabrication n’est pas poursuivie.

En 1903, Minerva produit 35 moteurs par jour.

Moto Minerva monocylindre (1905) Moto Minerva monocylindrique (1905)


Moto à moteur deux cylindres en V (1906) Moto Minerva à moteur deux cylindres en V (1906)

Au début 1904, de Jong repense aux autos afin de se diversifier et présente des voitures classiques à un, deux, trois et quatre cylindres, transmission à chaîne, châssis bois armé.

Au même moment, de Jong engage un jeune ingénieur français, Julien Pierri, venant de chez Gladiator et le charge de créer une voiturette qui sera mise en fabrication à la fin de l’été 1904 sous le nom de Minervette.

Cette dernière possède un châssis en tubes, un moteur mono de 635 cc, une boîte deux vitesses (ensuite à trois rapports), transmission chaîne.

De prix très compétitif, elle est cependant un peu légère pour les routes belges et elle sera arrêtée sans doute en fin 1905.

Voiture Minerva 1904, type C, à moteur deux cylindres 10 CV Voiture Minerva 1904, type C, à moteur deux cylindres 10 CV


Minervette 1905 (type A)Minervette 1905 (type A)


Châssis de la MinervetteChâssis de la Minervette

Fiacre à moteur sous le siège. Est resté un prototype (1906) Minerva Fiacre à moteur sous le siège. Est resté un prototype (1906)

Minerva devient une affaire importante pour l’époque et fabrique presque tout elle-même, comme, par exemple, les roues, les accumulateurs, les carrosseries, les garnissages, outre la mécanique bien sûr.

Pour 1906, la gamme se réduit à deux modèles, une 16/18 de 2,9 litres et une 22 CV de 3600 cc.

Ce sont des autos modernes, châssis tôle emboutie, transmission par cardan, moteurs quatre cylindres jumelés, soupapes latérales, culasse en T, boîte trois vitesses.

Ces voitures sont puissantes, silencieuses, bien construites.

La marque exporte une grande partie de sa production et les voitures participent avec succès aux compétitions.

La gamme est remaniée pour 1907 et on lui ajoute une superbe six cylindres de 6230 cc.

Cette 22 CV participe aux manœuvres de l’armée belge en 1906Cette Minerva 22 CV participe aux manœuvres de l’armée belge en 1906

Une 24 CV à la Coupe de Liedekerke de 1907, pilotée par PorlierUne Minerva 24 CV à la Coupe de Liedekerke de 1907, pilotée par Porlier

Minerva six cylindres 40 CV 1907-08 Minerva six cylindres 40 CV 1907-08

Une superbe Minerva six cylindres type K exposée dans un musée français dans les années soixanteUne superbe Minerva six cylindres type K exposée dans un musée français dans les années soixante

Minerva remporte en 1907 la victoire au Circuit des Ardennes, formule Kaiserpreis, avec des voitures capables de 145 km/h.

La Minerva gagnante du Circuit des Ardennes 1907, la voiture de Moore BrabazonLa Minerva gagnante du Circuit des Ardennes 1907, la voiture de Moore Brabazon

Pour fêter sa victoire, Minerva édite cette belle affiche 1907Pour fêter sa victoire, Minerva édite cette belle affiche de 1907

Une des Minerva du Circuit des Ardennes transformée pour un particulier en torpédo de grand tourismeUne des Minerva du Circuit des Ardennes transformée pour un particulier en torpédo de grand tourisme

C’est au salon de Londres, en novembre 1908, que Minerva présente sa nouvelle 38 CV équipée d’un moteur sans soupapes, système Knight, un moteur très silencieux, solide et de bon rendement mais au prix d’une forte complication mécanique et d’une importante consommation d’huile.

Le 38 CV SS (Sans Soupape) remporte un tel succès que la gamme 1910 ne comprend que des SS de 16, 26 et 38 CV.

En 1912, l’usine sort 1.200 châssis et se trouve en tête de la production belge.

L’année suivante (1913), on complète la gamme par une 14 CV qui se veut plus accessible, mais assez chère quand même à 10.500 francs en torpédo d’usine.


Une Minerva 16 CV Sans Soupapes de 1910 Une Minerva 16 CV Sans Soupapes de 1910

Une Minerva 26 CV SS de 1910 (type S)Une Minerva 26 CV SS de 1910 (type S)

Châssis d’une Minerva 26 CV (1912)Châssis d’une Minerva 26 CV (1912)

Moteur SS (Sans Soupape) d’une Minerva 26 CV (1912) Moteur SS (Sans Soupape) d’une Minerva 26 CV (1912)

Minerva 38 CV 1911 (carrosserie usine)Minerva 38 CV 1911 (carrosserie usine)

Minerva 38 CV SS (1914) (type MM)Minerva 38 CV SS (1914) (type MM)

GP du RACB 1912. Francotte au volant GP du RACB 1912. Francotte au volant

L’équipe Minerva au Tourist Trophy de 1914L’équipe Minerva au Tourist Trophy de 1914

 Une Minerva au Meeting d’Ostende de 1914. Remarquez le radiateur carénéUne Minerva au Meeting d’Ostende de 1914. Remarquez le radiateur caréné

 Le petit modèle Minerva 14 CV type DD (1913) Le petit modèle Minerva 14 CV type DD (1913)

Toujours en 1913, Minerva entame une fabrication de camions et en 1914, quand les menaces de guerre se précisent, la firme anversoise met en fabrication une série d’automitrailleuses blindées qui feront toute la guerre et dont les derniers exemplaires seront encore utilisés par la Gendarmerie au début des années trente.

 Camion Minerva de 1913 Camion Minerva de 1913

Ambulance Minerva 1914, le radiateur est simplifiéAmbulance Minerva 1914, le radiateur est simplifié

 Voiture blindée Minerva (1914)Voiture blindée Minerva (1914)

 

Pendant la guerre 14-18, les Allemands occupent l’usine, de Jong se rend en Hollande et y étudie les nouveaux modèles prévus pour l’après-guerre.

La production reprend au cours de 1919 avec une quatre cylindres 20 CV et l’année suivante (1920) avec une six de 30 CV.

Le confort est privilégié avec le silence du SS et la suspension arrière par cantilevers.

La vitesse n’est pas en reste et une 30 CV en limousine atteint 120 km/h.

En fin 1921, on complète la gamme avec une 15CV.


Une Minerva six cylindres 30 CV de 1920 (type OO)Une Minerva six cylindres 30 CV de 1920 (type OO)

Carrosserie D’Ieteren sur châssis Minerva  quatre cylindres 20 CV (1921)Carrosserie D’Ieteren sur châssis Minerva  quatre cylindres 20 CV (1921)

Carrosserie D’Ieteren sur châssis Minerva six cylindres 30 CV (1923) Carrosserie D’Ieteren sur châssis Minerva six cylindres 30 CV (1923)

En 1923, la quatre cylindres 20 CV devient une six.

En 1924, la 15 CV devient une 16.

Une nouvelle usine destinée aux carrosseries est construite en 1924 à Mortsel.

Minerva 20 CV six cylindres de 1923, type UUMinerva 20 CV six cylindres de 1923, type UU

Carrosserie D’Ieteren de 1923, sur châssis Minerva quatre cylindres 15 CV (type TT)Carrosserie D’Ieteren de 1923, sur châssis Minerva quatre cylindres 15 CV (type TT)

Minerva 16 CV quatre cylindres de 1925 à carrosserie d’usine (type AD)Minerva 16 CV quatre cylindres de 1925 à carrosserie d’usine (type AD)

Voiture de course sur base de la Minerva 15 CV. Elle n’a guère brillé.Voiture de course sur base de la Minerva 15 CV. Elle n’a guère brillé.

Le marché belge est alors ouvert à la construction étrangère, car les droits de douane à l’entrée en Belgique sont faibles, tandis que les exportateurs belges se heurtent à des droits beaucoup plus élevés aux frontières des pays étrangers.

Malgré cela, l’exportation au cours des années vingt est encore bonne, surtout vers l’Angleterre et les USA.

Car, par exemple en Angleterre, une grosse 30 CV Minerva revenait moins cher qu’une petite Rolls et à moitié prix d’une grosse Phantom.

En 1925, on estime la production à 50 châssis par semaine, ce qui devait faire entre 2.000 et 2.500 voitures par an, dont près de 1.000 partaient vers l’Angleterre.

Minerva ne reprend pas en 1920 la construction de camions mais est intéressée dans l’affaire Auto-Traction, de Hemixem.

Cette société fabrique des camions et des tracteurs en utilisant des brevets Chenard-Walker, ainsi que des moteurs et éléments mécaniques Minerva.

En 1925, Minerva rachète les actions possédées par Chenard et reprend Hemixem.

Camion Auto-Traction 3 t. Utilisé au Congo avec gazo (c.1925) Camion Auto-Traction 3 t. Utilisé au Congo avec gazo (c.1925)

Tracteur Auto-Traction transporteur de char (c.1924)Tracteur Auto-Traction transporteur de char (c.1924)

Plusieurs camions Auto-Traction vers 1930Plusieurs camions Auto-Traction vers 1930

Bus Minerva HTM à moteur six cylindres (destiné à Amsterdam)Bus Minerva HTM à moteur six cylindres (destiné à Amsterdam)

Dès 1925, Sylvain de Jong est conscient qu’il faut diversifier la gamme vers le bas et entame des essais avec une 1500 à moteur sans soupapes système Bournonville à distributeur tournant, donc différent du Knight.

Mais les essais ne satisfont pas, et en octobre 1926, apparait la nouvelle 12 CV-Six, une six cylindres deux litres système Knight.

Cette « fille de Minerva » comme on l’appelait parfois n’est pas très belle, est lourde et consomme beaucoup mais est très robuste et d’excellente qualité.

Malgré un prix un peu élevé, elle se vend bien et en 1927 on en fabrique une cinquantaine par semaine tandis que l’ensemble des autres modèles atteint 25 exemplaires.

Minerva 12 CV-Six type AH (1927) Minerva 12 CV-Six type AH (1927)

Minerva 2000 (1930-31)Minerva 2000 (1930-31)

 L’équipe Minerva 12 CV-Six à la Coupe des Alpes (1928)L’équipe Minerva 12 CV-Six à la Coupe des Alpes (1928)

En 1928, la 30 CV devient la 32 CV type AK de 6 litres de cylindrée (les 32 CV pour l’exportation vers les USA étaient les AM, avec commande centrale des vitesses et conduite à gauche).

Minerva était devenu une grosse affaire, des installations sur 200.000 m2, près de 7.000 travailleurs, un capital de 54 millions de francs.

Malheureusement, Sylvain de Jong tombe malade et décède en avril 1928.

De nombreuses directions lui succèderont, mais Minerva entame alors un inexorable déclin.

Minerva 32 CV c.1929Minerva 32 CV c.1929

Minerva 32 CV type AK 1929. Carrosserie D’IeterenMinerva 32 CV type AK 1929. Carrosserie D’Ieteren

En fin 1929, on présente un tout nouveau modèle, la 40 CV type AL, super voiture à huit cylindres de 6,6 litres, de tout grand luxe.

Mais la crise de 1929 tombe au même moment et on n’en fera qu’environ 120 exemplaires.

Châssis de la Minerva 8 cylindres 40 CV type AL (1930)Châssis de la Minerva 8 cylindres 40 CV type AL (1930)

Une Minerva 40 CV carrossée par D’Ieteren (c.1930)Une Minerva 40 CV carrossée par D’Ieteren (c.1930)

Une autre Minerva 40 CV D’Ieteren, cabriolet impérialUne autre Minerva 40 CV D’Ieteren, cabriolet impérial

Quelques essais en compétition ne donneront pas grand chose, une participation aux 24 Heures de Francorchamps 1929 tourne au désastre et une tentative de record de vitesse avec une 40 CV ne réussit pas.

L’équipe Minerva AKS à Francorchamps, 24 Heures de 1929L’équipe Minerva AKS à Francorchamps, 24 Heures de 1929

Un châssis Minerva 40 CV gréé en vue d’une tentative de record Un châssis Minerva 40 CV gréé en vue d’une tentative de record

On cherche alors à faire des économies, on construit en 1930 la M-8, une 22 CV de quatre litres à moteur huit cylindres Knight, mais dont nombre de pièces (boîte, pont, direction) proviennent de la grande série américaine.

L’année suivante (1931), la M-8 est accompagnée d’une six de trois litres de même principe, la M-6.

Minerva M-8 1930 type APMinerva M-8 1930 type AP

Minerva M-8 à châssis court, carrosserie Vanden Plas (fin 1931)Minerva M-8 à châssis court, carrosserie Vanden Plas (fin 1931)

Minerva M-6 17 CV 1931. 3000 ou type ARMinerva M-6 17 CV 1931. 3000 ou type AR

Les M-8 et M-6 sont toujours de bonnes voitures, mais n’ont plus le raffinement des Minerva précédentes.

En parallèle, on développe la fabrication des véhicules commerciaux.

On fait aussi des efforts sur les prix.

La production de 1931 doit tourner autour de 2.000 voitures et 300 camions.

Pour la qualité les Minerva ne sont pas très chères.

En 1932, on a une 12 CV Six pour 45.000F,

une M-6 pour 68.000 F,

une M-8 pour 85.000 F

ou une 40 CV pour 215.000 F.

A comparer avec 45.000 F pour une Citroën C-6 et 69.000 F pour une Buick 8.

Fin 1932, on ajoute la M-8 25 CV Rapide, capable de 135 km/h.

Minerva M-8 25 CV Rapide 1933 Minerva M-8 25 CV Rapide 1933

Minerva essaie alors de pénétrer le marché de la voiture plus populaire et présente fin 1933 la M-4, quatre cylindres de deux litres, toujours à moteur SS.

De finition moyenne et vendue à perte, on n’en fait que 400.

Minerva M-4 (1934)Minerva M-4 (1934)

Camion léger Minerva  3P 375 (1933)Camion léger Minerva  3P 375 (1933)

Camion Minerva C-375 en 1934Camion Minerva C-375 en 1934

Camion Minerva AB 4R (1934)Camion Minerva AB 4R (1934)

En 1934, il ne reste que 1.200 travailleurs et les pertes sont abyssales.

La faillite est prononcée en novembre 1934, mais rapportée le mois suivant, car entretemps les actions sont reprises par Mathieu van Roggen, patron d’Impéria et vieux spécialiste de l’automobile belge.

Van Roggen remet de l’ordre et consacre Mortsel aux véhicules utilitaires.

Les voitures particulières sont en effet abandonnées, leur aspect raide est démodé au temps de l’aérodynamisme naissant, ainsi que les moteurs SS, très chers à construire du fait d’un trop grand nombre d’opérations.

On verra quand même un intéressant prototype Minerva vers 1937, la TAM-18, une traction avant à moteur Ford V-8, servant de banc d’essai pour une transmission automatique.

Prototype Minerva TAM-18 c.1937. Moteur Ford V-8, boîte de vitesses automatiquePrototype Minerva TAM-18 c.1937. Moteur Ford V-8, boîte de vitesses automatique

Camion Minerva C 400, moteur six cylindres à soupapes latérales (1939)Camion Minerva C 400, moteur six cylindres à soupapes latérales (1939)

Camion Minerva AG 65 à moteur Diesel licence Ganz-Jendrassik (1939) Camion Minerva AG 65 à moteur Diesel licence Ganz-Jendrassik (1939)

En 1940, Mortsel est occupée par les Allemands qui la consacrent à la révision de moteurs d’avions, ce qui lui vaut en 1943 un violent bombardement.

Entre 1945 et 1947, Minerva, installé provisoirement dans un vieux fort désaffecté, construit quelques camionnettes C-15, dérivées des modèles d’avant guerre.

 

Camionnette Minerva C-15 de 1946, moteur ContinentalCamionnette Minerva C-15 de 1946, moteur Continental

Début 1947, Van Roggen récupère Mortsel, mais en piteux état.

Il avait droit à des dommages de guerre et pour en accélérer le recouvrement, il accepte un contrat de défense nationale.

Il s’agit de construire des Land Rover sous licence pour l’armée belge.

Les fournitures belges atteignent 63 % de la valeur, les éléments mécaniques venant d’Angleterre.

Montage des Minerva Land Rover à MortselMontage des Minerva Land Rover à Mortsel

Les contrats militaires n’étant pas eternels, il fallait les remplacer par autre chose, Van Roggen expose au salon de janvier 1953 le châssis de la voiture italienne Caproni, très prometteuse, Bâtie sur un châssis plateforme à quatre roues indépendantes, la traction avant et un moteur quatre cylindres à plat.

Van Roggen espère la construire avec un nouveau moteur maison, mais le projet n’aboutit pas.

Vue avant du prototype Minerva sur base Caproni (1953)Vue avant du prototype Minerva sur base Caproni (1953)

Minerva fabrique en 1956 des tout-terrain de sa conception avec des moteurs Continental mais en trop petit nombre et Minerva fait alors définitivement faillite.

 

Vue d’un des derniers tout-terrain Minerva c.1956Vue d’un des derniers tout-terrain Minerva c.1956