H.G.Röhr et Mercedes-Benz

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Il y a 70 ans, Mercedes-Benz présentait au Salon de Berlin deux nouveaux modèles basés sur la même mécanique, les Mercedes 170 V (à moteur avant) et 170 H (à moteur arrière), dont le concepteur était un ingénieur assez méconnu, mais de grand talent : H.G.Röhr.


Röhr type R 9/50 PS de 1929 en carrosserie quatre portes découvrable.

Hans-Gustav Röhr fut un ingénieur allemand de premier plan. Pendant les années vingt, il étudia une très intéressante voiture qu’il fit construire sous son nom dans les anciens ateliers Falcon d’Ober-Ramstadt.

Röhr type R 9/50 PS de 1929 en carrosserie cabriolet 2 places.

Cette Röhr type R apparut à l’automne 1927 , elle comportait un moteur huit cylindres en ligne de deux litres, à soupapes en tête, monté dans un châssis surbaissé combinant un cadre en U avec une plateforme métallique (plancher de la carrosserie) soudée. On trouvait en outre une suspension à quatre roues indépendantes, avec ressorts transversaux à l’avant et cantilevers à l’arrière, tenant le pont oscillant.

Deux vues en transparence de la Röhr montrant le surbaissement et l'indépendance des roues.

Malgré ses remarquables caractéristiques et de bonnes qualités routières, la voiture présentait aussi quelques défauts auxquels il fallut remédier, puis vint la crise économique de 1929-30 qui fit capoter l’affaire.

Elle fut reprise en fin 1930 par un groupe financier suisse mais H-G Röhr dut la quitter.

L'Adler Trumpf traction-avant 1,5 litre en conduite intérieure quatre portes (1933).

Il fut alors engagé chez Adler à Francfort où il mit au point la remarquable Trumpf, une traction avant à moteur quatre cylindres monté sur un chassis-caisson surbaissé, muni de quatre roues indépendantes.

Sa fabrication commença en automne 1932 et on peut la considérer comme une des premières traction avant à être commercialisée en quantité appréciable.

A l’été 1935, Röhr quitta Adler et vint chez Mercedes-Benz comme directeur général des études des voitures de tourisme.

La Mercedes 130H en conduite intérieure deux portes (1934).

Mercedes-Benz 130H en Cabriolimousine,version 1935.

Le châssis à tube central de la 130H (1934).

Dessin issu du catalogue de la Mercedes 130H.

Mercedes avait une gamme imposante s’échelonnant de la populaire à la voiture de très grand luxe. La voiture populaire que Röhr trouva en arrivant était la 130 H (W-23) présentée en fin 1933. Elle avait été conçue par Hans Nibel, il s’agissait d’une voiture à moteur arrière quatre cylindres 1308 cc à soupapes latérales, le châssis était constitué d’un tube central résistant remarquablement à la torsion, important du fait de quatre roues indépendantes.

Malheureusement, le moteur refroidi par eau était assez lourd et en porte-à-faux à l’arrière, ce qui avait pour conséquence une tenue de route délicate.

Mercedes 150H Sport commercialisée à quelques exemplaires en 1935.

Une version dite 150 dont le moteur porté à 1500 cc était cette fois en position centrale et non plus en porte-à-faux, apparut en 1934 munie d’une carrosserie fermée profilée. Elle participa avec brio au rallye des 2000 km à travers l’Allemagne, épreuve sportive importante. La tenue de route était cette fois bien meilleure.

Une des Mercedes 150 Sportlimousine qui participa aux 2000 km à travers l'Allemagne en 1934.

Röhr eut pour mission de créer une voiture d’entrée de gamme pour remplacer la 130.

La 170V en conduite intérieure quatre portes (1937).  Le coffre n'est accessible que de l'intérieur de la voiture.

Le châssis de la 170V en 1937. On distingue les longerons en tubes ovales faisant un X en plan. La suspension avant est indépendante par ressorts transversaux,la suspension arrière par ressorts hélicoïdaux.

Ce fut la 170V (W-136) présentée au salon de Berlin de février 1936. Le moteur quatre cylindres 1697cc, à soupapes latérales, était monté à l’avant d’un tout nouveau châssis constitué de deux tubes ovales faisant en plan un X. Les quatre roues étaient indépendantes.

La Mercedes 170V en cabriolet A deux places (1936).

Mercedes 170V Cabriolet A 1936.

Parallèlement à la 170V, on renouait avec le système moteur arrière en sortant en même temps la 170H (W-28) muni du même moteur 1697cc, mais dont on avait placé le radiateur le long du moteur ce qui réduisait le porte-à-faux arrière. La 170H gardait également le châssis tube central.

La Mercedes 170H à moteur arrière (1937).

La Mercedes 170H à moteur arrière (1937).

La Mercedes 170H à moteur arrière en version découvrable à 4 portes (1937).

Capot moteur arrière de la 170H. On remarque que le radiateur est placé le long du moteur afin de diminuer l'effet du porte-à-faux arrière.<br/>

La 170V s’avéra excellente et eut un grand succès, on en fit environ 75.000 exemplaires de 1936 à 1942, à comparer avec les 2.500 170H vendues de 1936 à 1939.

Une 170V en 1944, équipée d'un gazogène fabrication Mercedes-Benz.

Roadster de course Mercedes 170 V5.

Malheureusement Röhr décéda en 1937, mais il avait encore eu le temps de dessiner une gamme de voitures à traction avant, sa mort fit abandonner le projet.

Un des prototypes étudié par Röhr avant son décès. Il s'agit de la 130V (W-144) à traction avant.

Le système de châssis que Röhr avait créé pour la 170V avait fait ses preuves, aussi l’appliqua-t-on aux modèles qui suivirent, comme la 230 de 1938 ou encore la version 1938 de la Grosze Mercedes (ici cependant les tubes ovales restaient parallèles et ne faisaient pas un X en plan).

Dans la « Grosze Mercedes » (1938), les deux longerons ovales sont parallèles l'un à l'autre et ne forment donc pas un X en plan.

La 170V fut reprise après la guerre et les nouvelles Mercedes qui suivirent reçurent un châssis de même technique, comme les 170S de 1949, les 220 et 300 de 1951.

Mercedes 220 Cabriolet A (W-187) de 1951.Il gardait le même type de châssis Röhr, mais le moteur était très modernisé, avec un arbre à cames en tête.

Mercedes 300 «Adenauer» (W-186) de 1951.

La Mercedes 300 (W-186) conduite intérieure  de 1951, surnommée « Adenauer », était la voiture allemande de représentation de l'époque.

Le système fut ensuite abandonné avec l’apparition de la 180 (W-120) à carrosserie coque, sans doute plus économique à fabriquer.

Le châssis de la Mercedes 300

Texte et archives de Jacques et Yvette Kupélian