Une italienne oubliée : la Fiat Ritmo

Classé dans : Historiques - Fiat (Italie) | 0

Début 2019, la Ritmo soufflait discrètement ses quarante bougies. Pourtant, cette compacte a marqué l’histoire du constructeur transalpin.

Avec le lancement de sa Golf en 1974, Volkswagen avait réalisé une véritable révolution automobile : malgré une taille relativement modeste, celle-ci marquait un véritable tournant dans le style de l’époque en imposant des tractions avant à deux volumes et hayon dans le paysage automobile européen.
Les autres constructeurs ont plutôt bien réagit : d’abord en 1976 avec la Renault 14 et l’Alfasud puis, en janvier 1978 avec la Simca Horizon qui s’est même fait sacrée « Voiture de l’Année » en cette même année.

Fiat se devait de réagir, ses 127 et 128 devenaient désuètes et les 131 ne faisaient plus poids malgré leur beau palmarès sportif…
C’est pourtant en 1972 que le constructeur transalpin s’est penché sur un projet destiné de développement d’un héritier à la Fiat 128. Mais l’accouchement fut long…

FIAT X1/38 (ca1977)
FIAT Strada Custom Sedan Serie1 (USA)

Un style extérieur original

D’abord désignée sous l’appellation X1/30, puis X1/38 ensuite 138 et enfin Ritmo ou Strada (1) dans les pays anglo-saxons, elle était proposée en trois et cinq portes, deux degrés de finition, trois moteurs et des boîtes à 4/5 rapports ou automatique.

(1) Sur les marchés anglophones, le nom a été changé en « Strada » car apparemment Ritmo faisait songer à «rythme» qui signifie en anglais le cycle menstruel féminin…

FIAT X1/38 (ca1975)
FIAT X1/38 (ca1975)

Par rapport au reste de la gamme, la Ritmo imite ses cousines compactes par son empattement long, ses voies larges, ses porte-à-faux courts tout en offrant une excellente habitabilité.

SEAT Ritmo 75 CLX 5 portes (catalogue 1980)

Plus large que la 131 mais faisant moins de 4 m (3,93 m), son design moderne rompait totalement avec les autres produits de la marque, les reléguant presque à de la figuration sur le catalogue.

Ritmo Abarth 125 TC

Son dessin est totalement inédit : sa partie avant étonne par son absence de calandre traditionnelle. A l’instar des Renault 5 et 14, ses pare-chocs en matière synthétique sont intégrés dans la carrosserie. Sur les catalogues de l’époque, Fiat annonce fièrement que ceux-ci peuvent absorber des chocs jusqu’à 6 km/h.

Le bouclier avant remonte très haut et est pourvu de prises d’air asymétriques ainsi que d’un spoiler. Sur le capot, on retrouve également une prise d’air en liaison directe avec la climatisation de la voiture.

Ses phares ronds sont par moitié noyés dans le bouclier et incorporés dans une découpe du capot. Tout cela sent les résultats d’une étude poussée en soufflerie (Cx de 0,38)

De profil, outre les rehaussements des pare-chocs avant et arrière, ce sont les jantes, les poignées de porte rondes qui se remarquent le plus. Le bouchon de réservoir reprend le même style.
Notons aussi que la Ritmo est proposée en trois et cinq portes.

A l’arrière, les feux de dimension assez réduites sont noyés dans le bouclier arrière. Le hayon s’ouvre sur un volume de coffre de 370 cm³.
Quand la banquette arrière est rabattue, sa capacité atteint 1250 dm³ !
Au niveau de finition CL (Confort Luxe) pour accroître la modularité de l’espace dédié au chargement, les sièges arrière sont séparés.

Fiat Ritmo Super 75 1980 (Klasyka Gatunku ©)

La roue de secours, le cric et la trousse à outils sont placés à l’avant, entre le moteur et le tablier avant.

L’autre aspect à relever concerne sa construction : Fiat a voulu faire mentir l’époque où ses voitures rouillaient déjà sur le catalogue. La coque a été assemblée par une toute nouvelle ligne de construction entièrement automatisée, réduisant ainsi certaines « approximations » qui pouvaient apparaître les lendemains de la veille…
Certains éléments exposés ont été réalisés en tôles électrozinguées. En outre, la protection contre la rouille a été complétée par l’application de couches de PVC sur le plancher ainsi que dans les passages de roues.

Année 1982 : une refonte en profondeur mais un style qui se banalise

Fin 1982, la Ritmo subit un profond restylage qui conduit à la présentation de sa deuxième mouture. Bien qu’au niveau de la carrosserie seul le capot ait été modifié, la voiture a subi une refonte totale qui la différencie complètement de l’ancienne plate-forme dérivée de 128.
Celle-ci lui a permis un gain de poids d’environ 70 kg. Cette refonte a aussi pu résoudre de fréquents problèmes de fissures dans la zone avant du châssis. Très courants sur les versions diesel car plus lourdes, il s’avérait nécessaire d’apposer des plaques de renfort sur la traverse avant.

Les changements les plus notoires concernaient le déplacement du réservoir de 51 l sous la banquette arrière (auparavant il était sous le coffre). Cela a conduit à une nouvelle position du goulot de remplissage qui est passé de l’aile gauche à l’aile droite et à présent masqué par un portillon.

De même, la roue de secours disparait du capot moteur pour migrer sous le coffre mais seulement accessible de l’extérieur comme sur certaines voitures françaises. L’espace gagné à l’avant a permis d’y installer un système de ventilation plus performant.

La personnalité de la voiture est apparue considérablement modifiée et à un tel point que la Ritmo fabriquée par SEAT s’appellera la Ronda

SEAT Ronda (dépliant 1985)

Beaucoup moins originale, une calandre noire intégrant quatre phares ronds fait son apparition avec les cinq traits inclinés du nouveau logo de Fiat. Suite à cette modification, le bouclier avant est modifié tandis qu’à l’arrière, les feux sont plus grands et positionnés à présent au dessus des pare-chocs.

En 1984, la gamme subit un léger face-lift. L’intérieur reçoit notamment des appuie-têtes et essuie-glace de lunette arrière de série. L’année suivante voit encore un léger restylage au niveau de la calandre. A présent, les pare-chocs avant peuvent intégrer des antibrouillards, la plaque d’immatriculation arrière est décalée vers le bouclier, des élargisseurs plastiques noires sur les côtés, les poignées de porte deviennent rectangulaires.

Pour relancer les ventes, 1986 voit l’apparition de séries spéciales puis en 1988, elle est remplacée par la Fiat Tipo.

Une grande habitabilité et tableau de bord très complet

Les intérieurs dont le tableau de bord et les panneaux de porte sont moulés en une seule pièce. Les panneaux de portes sont en polyuréthane ignifugé et le pavillon utilise un matériau phono-absorbant dont l’épaisseur atteint 2 cm. L’accent a été aussi mis sur une fonctionnalité et une habitabilité maximales. Par rapports à ses concurrentes directes, l’italienne est nettement plus spacieuse mais malgré des progrès incontestables, la finition n’est pas encore irréprochable.

En version CL, la Ritmo est très complète : on y trouve déjà un emplacement porte bouteille et même un porte-parapluie ! L’instrumentation est à l’envi : les compteurs et témoins sont regroupés dans une niche rectangulaire avec à sa droite un une série de petits interrupteurs de forme originale surmontés par une horloge digitale seulement visible quand le contact est mis.

Au fil des ans, la gamme s’enrichit. En 1979 apparaît une version spéciale Targa Oro plus richement dotée puis en 1980 des versions « Super » plus puissantes avec un équipement plus riche.

Devant les critiques relatives à l’exécution un peu légère, l’intérieur de l’habitacle a été également repensé avec un tableau de bord plus cossu réalisé en plastic moussé similaire à celui de la Lancia Delta. L’instrumentation a suivi le même chemin. Puis, en 1981, les rétroviseurs sont devenus réglables de l’intérieur et les sièges sont mieux rembourrés et équipés d’origine d’appuie-têtes réglables.
Sur demande, les vitres électriques avant et le verrouillage central sont enfin devenues disponibles. Les finitions « Super » n’étaient disponibles qu’avec une carrosserie 5 portes.
La même année, la version sportive Ritmo 105 TC et la Ritmo Cabrio font leurs débuts. Elles ne sont livrables qu’en version 3 portes.

La Ritmo 105 TC se caractérisait surtout par ses pare-chocs avant noirs spécifique avec spoiler et antibrouillards intégrés, ses sorties d’échappement noires, des jantes de 14  » avec enjoliveurs noirs. À l’intérieur, des sièges baquets, un volant sport à trois branches et de nombreux autres détails de nature « sportive ».

La Ritmo Cabrio fabriquée par Bertone, a hérité de la mécanique et de l’équipement du 85 Super, et a connu un succès immédiat et durable.

En 1982, FIAT introduit la 125 TC Abarth qui est basée sur la 105 TC. Elle est équipée de jantes en alliage de production Pirelli spécifiques avec des pneus 185/60-R14 P6, d’une bande adhésive latérale « Abarth 2000 », d’un béquet en caoutchouc à la base de la lunette arrière, d’un embout d’échappement chromé, ainsi que de sièges et un volant « sport ».

Fiat Ritmo 125 TC

En cette même année, avec l’introduction de la deuxième version, l’habitacle reçoit de profonds changements au niveau des sièges, des panneaux de porte et du tableau de bord.

FIAT Regata Diesel (juillet 1983)
FIAT Regata 100 S (juillet 1983)
FIAT Regata 100 S (juillet 1983)
SEAT Malaga (dépliant 1987)

Le salon de Francfort de septembre 1983 voit apparaître la Fiat Regata, version trois volumes de la Ritmo.

FIAT Regata Weekend (décembre 1984)
FIAT Nuova Regata Turbo Weekend 100 S ie (Juin 1986)

En 1985, cette offre sera agrandie avec une version break appelée Weekend et sa version commerciale la Marengo

 

FIAT Regata Weekend & Regata Marengo (ca1986)

Des mécaniques éprouvées

Pour ses versions de base, la Ritmo embarque le 1049 cm³ récupéré de la 127 mais aussi un 1116 cm³ développant 60 ch à 5800 rpm. Ce dernier, plus courant, provient en ligne droite de la 128 tandis que les 1301 cm³ et 1498 cm³ sont des évolutions du 1290 cm³ qui propulse aussi la 128. Ces derniers affichent des puissances de respectivement 65 et 75 ch au même régime de 5800 rpm. Les couples maxima sont de respectivement 81 Nm, 98 Nm à 3500 rpm et 118 Nm à 3000 rpm. La vitesse maximale de la 65 est de 150 km/h tandis que la 75 atteint les 160 km/h.

Ces moteurs sont accouplés à une transmission à quatre rapports, un cinquième rapport est en option sur les versions les plus puissantes. Quant à l’automatique, elle existe en version 75 CL.

En 1980, pour suivre l’engouement pour le diesel suscité par la VW Golf D, une Ritmo D a été introduite mais seulement en version 5 portes. Disponible en finition L et CL, elle est propulsée par un tout nouveau moteur diesel 4 cylindres conçu par Lampredi de 1714 cm³ délivrant 55 ch. Pour compenser le poids plus important du moteur, les jambes de force avant ont été remplacées par une robuste barre de torsion et le nombre de tours du volant de butée à butée passe de 3,5 à 4 (il n’y avait évidemment pas de direction assistée). Extérieurement, la Ritmo Diesel se distingue par un bouclier avant pourvu de prises d’air symétriques pour permettre un plus grand apport d’air de refroidissement.

En 1981, les versions Targa Oro ont été remplacées par les Super 75 (1301 cm³) et Super 85 (1498 cm³), toutes deux équipées de carburateurs à double corps et d’arbres à cames plus pointus. A noter que ces deux moteurs équipaient déjà la Lancia Delta.

Au rayon des sportives, la Ritmo 105 TC était équipée par un moteur à carburateur à double corps de 1585 cm³ de 105 ch qui poussait jusqu’à 180 km/h avec le 0 à 100 km/h en +/- 10 secondes. Elle a été suivie par la 125 TC Abarth. Cette dernière est propulsée par un 1995 cm³ délivrant 125 ch à 6000 rpm. Ce quatre cylindres lui permettait d’accrocher les 190 km/h et de réaliser le 0 à 100 km/h en moins de 9 secondes.

Avec le lancement de la nouvelle gamme en 1982, grâce à l’introduction d’un allumage électronique à effet Hall, les moteurs 1116 et 1301 cm³ ont été revus pour les rendre à la fois plus souples et plus sobres :

  • pour le 1116 cm³, ces changements ont réduit sa puissance de 60 à 55 ch mais en ont amélioré son couple maximum, toutefois, cette version garde son appellation 60.
  • les 1301 cm³ de 65 et 75 ch fusionnent en une seule version de 68 ch équipée d’un carburateur à double corps.
    Cette dernière est appelée 70 et pointe à 160 km/h comme l’ancienne version 75.

Notons aussi que le 1700 diesel fait maintenant 58 ch et que la gamme de cabriolets introduit le 1301 cm³ à côté du 1498 cm³ de 85 ch.

En 1983, la gamme Ritmo de nouvelle génération a été complétée avec l’introduction des versions Energy Saving et de l’Abarth 130 TC à la place de l’Abarth 125 TC.

FIAT Ritmo Abarth 130 TC Série 2

En 1984, peu de changements sinon un renouvellement de la gamme L et CL

En 1985, la Ritmo 105 TC est remplacée par la 100 S à 5 portes.
Le moteur diesel de 1714 cm³ cède la place à une nouvelle unité de 1697 cm³ délivrant 60 ch.
Une nouvelle version Turbo DS propulsée par un turbodiesel avec intercooler de 1929 cm³ développant 80 ch et un couple maximum de 172 Nm culmine en haut de la gamme diesel. Sa vitesse maximale atteint les 170 km/h.
En même temps, certaines versions moins courues comme les 3 portes « non sportives » disparaissent du catalogue tandis que le 85 S Cabrio cède la place au Supercabrio 100 S.

Toujours la même année, un léger restylage accompagnait une mise à jour de la gamme (calandre, pare-chocs avant préparé pour les antibrouillards, glissement de la plaque d’immatriculation arrière vers le bouclier, protections plastiques noires sur les côtés, poignées de porte rectangulaires) .

En 1986, en vue de relancer les ventes, deux nouvelles versions spéciales en édition limitée sont introduites :

  • La Ritmo Team (version 60 et D) prend son envol sur la base de la 5 portes CL. Elle se personnalise par son lettrage et son habillage spécifiques.
  • La Ritmo Super Team qui est reconnaissable à sa calandre assortie. Elle est équipée de vitres électriques, d’un verrouillage central et d’un volant réglable. Cette dernière était disponible avec les versions 60, 70 et 100.

En 1988, après une carrière de près de 10 ans et près de 2.045.000 exemplaires produits (2), la Ritmo tire sa révérence au profit de la Tipo.

(2) Ce chiffre correspond aux sorties de l’usine en Italie mais ne tient pas compte de la production sous licence en Espagne, Pologne, etc

BP

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

− 6 = 4