CISITALIA Story

Cette marque éphémère a eu une grande importance dans le sport automobile italien de l’immédiat après-guerre.

Sa faillite est également une des circonstances qui ont permis la création de l’usine Abarth qui revient, par la volonté de Fiat, dans l’actualité en redevenant une marque à patr entière du groupe turinois. Voici une synthèse des principaux faits.

L’affaire a été fondée à Turin par Piero Dusio (1889-1975), industriel et pilote de course privé durant les années trente et quarante.

Cisitalia est l’abrégé de Compania Industriale Sportive Italiana. Pendant la guerre, les ateliers fabriquent des éléments mécaniques et des vélos.

En fin 1944, Dusio prend contact avec Dante Giacosa, un des principaux ingénieurs de la Fiat, concepteur notamment de la 500 Topolino de 1937, pour lui proposer l’étude d’une voiture de course de petite cylindrée, utilisant des pièces Fiat.

On approchait de la fin de la guerre et Dusio voulait être un des premiers à pouvoir mettre des voitures de course sur le marché dès la fin du conflit.

Giacosa dessine un châssis très léger en tubes de petit diamètre et y place un moteur de Fiat 1100 poussé à 60 CV. La suspension avant à ressort transversal est empruntée à la 500.

On place une boîte trois vitesses commandée au pied comme sur une moto.

La carrosserie en aluminium est très légère. Pendant l’été 1945 Dusio engage l’ingénieur Giovanni Savonuzzi pour installer l’usine et construire le premier prototype terminé au printemps 1946.

Sa mise au point et ses essais étant satisfaisants, on lance la série et en septembre sept voitures sont prêtes et participent à leur première course, la Coupe Brezzi, qu’elles dominent.

Une trentaine de ces D-46 furent construites et vendues, elles participèrent avec succès à de nombreuses compétitions en plusieurs pays.

Monoplace de course Cisitalia D-46 de 1946

 

Monoplace de course Cisitalia D-46 de 1946 en vue latérale gauche

 

Chassis tubulaire de la Cisitalia D-46

 

Montage des Cisitalia D-46 en 1946

Entre-temps, Dusio envisage de créer une industrie plus importante et décide de construire des biplaces sportives équipées de luxueuses carrosseries. Ce seront les types 202.

Elles gardent le châssis en tubes minces auquel est soudée la plateforme de la carrosserie. Le moteur dérive du 1100 Fiat, donnant 50 ch en type sport et 60 ch en type sport spécial.

Les vitesses de pointe atteignent respectivement 165 et 170 km/h.

La boîte est soit la trois vitesses type D-46, soit une classique quatre vitesses.

La plupart des Tipo 202 seront carrossées par Pinin Farina, il en fût produit 173 exemplaires, des coupés et aussi quelques décapotables.

Une 202 SMM, conduite par Nuvolari, prend la deuxième place aux Milles Miles de 1947, Cisitalia remportant aussi les troisième et quatrième places.

Le dessin des Tipo 202 fut une telle réussite que le Musée d’Art Moderne de New York en expose une depuis le début des années cinquante, comme exemple de design remarquable.

Ph.5 Une des premières Cisitalia de sport (1947) avec ailerons proéminents

Ph.6 Cisitalia Sport et Sport Speciale, carrosserie Farina (1947-48)

Ph.7 Châssis de la Cisitalia Speciale Sports (1948)

Ph.8 202 SC en Spyder, carrosserie Vignale (1948)

Ph.9 Cisitalia 202 SMM de 1948, semblable à la voiture des Mille Miles 1947

Dusio veut alors participer aux Grand Prix. Il passe un accord avec Porsche pour l’étude d’une 1500 de course ultra performante.

Ce sont Carlo Abarth, Rudolf Hruska, Karl Rabe et Eberan von Eberhorst qui sont envoyés à Turin pour étudier le projet.

L’architecture générale de la voiture suit celle des Auto-Union d’avant-guerre, moteur en position centrale de douze cylindres à plat, 1500 cc, quatre arbres à cames en tête, deux compresseurs, quatre roues motrices.

Ph.10 Cisitalia-Porsche 1500 1948-49

 

Ph.11 et 12 Musée de Donington, deux vues de la Cisitalia-Porsche

Les frais s’avèrent rapidement colossaux et seules deux voitures seront construites, une seule fera quelques essais mais manque de mise au point.

Dusio doit arrêter les frais, il n’a plus d’argent et quitte Cisitalia et l’Italie pendant l’été 1949.

Il s’installe alors en Argentine et y construit pendant quelques années l’Autoar sur une base de Willys Jeep.

 

Ph.13a & 13b Autoar 1950, construite en Argentine par Dusio sur base Willys Jeep

Il fit venir en Argentine une des deux voitures 1500 de Grand Prix mais n’obtint pas plus de résultat.

Carlo Abarth, alors directeur technique de Cisitalia, la quitte en 1949 pour fonder sa propre affaire.

Quant à Cisitalia, le fils Dusio et Savonuzzi fabriquent encore quelques 1100 Sport, type 303F jusqu’en 1955.

En 1952, Cisitalia tente avec un nouveau modèle de se placer dans une classe supérieure, la 202 D est équipée d’un moteur quatre cylindres BPM de 2,8 litres, moteur destiné aux canots automobiles rapides.

Il fut question de la commercialiser sous le numéro 404, mais il semblerait qu’elle n’ait été construite qu’en 3 exemplaires.

En 1954, est présentée la Volo Radente à moteur FIAT 1100, sans grande suite. Plus tard, Cisitalia participera encore à quelques salons avec divers projets, mais l’affaire est finalement dissoute en 1963.

Ph.14 Cisitalia 1952, à moteur BPM de 2,8 litres

Ph.15 Cisitalia Volo Radente de 1954, moteur dérivé du Fiat 1100

Après coup, on peut penser qu’il soit dommage que, comme beaucoup d’autres petits constructeurs sportifs, Dusio n’aie pas eu la patience de monter progressivement en puissance et de patienter pour se lancer dans la grande aventure de la Formule 1. D’autant plus que le projet était particulièrement avant-gardiste et donc cher à produire.

Texte et archives de Jacques et Yvette Kupélian