LA LEGENDAIRE GIULIETTA SPRINT FÊTE SES 50 ANS.

1954 : Sortie dans toutes les salles de cinéma du monde du film “L’équipée sauvage” du metteur en scène Elia Kazan, récompensé par huit Oscars, dont celui de “Meilleur acteur”, décerné au jeune et séduisant Marlon Brando. Alors que l’une des légendes du cinéma international est en train de s’affirmer, le public italien se presse dans les cinémas pour admirer la superbe Sofia Loren dans “L’oro di Napoli” de Vittorio De Sica.


 

Giulietta Sprint 1954.

UNE AUTOMOBILE LEGENDAIRE


Giulietta Sprint 1954.

Mais 1954 est aussi l’année du film “La strada” (qui recevra en 1956 l’Oscar du Meilleur Film Etranger), grâce auquel une autre grande actrice italienne atteint une célébrité internationale : il s’agit de Giulietta Masina, épouse de Federico Fellini, qui joue le rôle de Gelsomina, fille pauvre et naïve, aux côtés de Zampanò, le méchant mangeur de feu, magistralement interprété par Anthony Quinn.

 

Giulietta Sprint 1954.

Par une étrange coïncidence, l’année du succès de Gelsomina est aussi celle de la naissance d’une voiture destinée à marquer l’histoire de l’automobile : il s’agit de la Giulietta, dont le nom reprend celui de la célèbre actrice, qui sera d’ailleurs sa marraine en 1960, lorsque la voiture n. 100.001 sortira des lignes d’assemblage de l’usine du Portello.

Le « fil rouge » qui unit le cinéma de Fellini et la “Giulietta” est renoué en 1955, lorsque cette voiture défile à Rimini (vile natale de Federico Fellini), sur la promenade du bord de mer, à l’occasion du concours « Miss Italia », remporté cette année-là par Brunella Tocci.

 

Giulietta Sprint & 1900 Coupé 1954.

La Giulietta s’impose bientôt comme l’un des symboles de la « renaissance » italienne après la Deuxième Guerre Mondiale. Jusqu’à devenir une véritable légende de l’automobilisme. Comme chacun le sait, les légendes sont souvent entourées de mystère ; or, la Giulietta ne fait pas exception, en ce qui concerne notamment le choix de son nom. Certains affirment qu’il a été suggéré par Mme De Cousandier, épouse du poète Leonardo Sinisgalli.

 

Publicité belge de la Giulietta Sprint 1ère série.

D’autres pensent qu’il a été choisi par Alfa Romeo à la demande d’un prince russe. L’on raconte qu’un soir de 1950, à l’occasion de la présentation de l’Alfa Romeo « 1900 » à Paris, le pilote Wimille et quelques directeurs d’Alfa Romeo se rendirent dans une boîte où cet aristocrate avait l’habitude d’entretenir les clients avec des poésies et des récits. Ayant reconnu les nouveaux venus, il les accueillit en leur demandant : “Il y a là huit Roméo et il n’y a même pas une Juliette? ». Trois ans plus tard, (Alfa) Romeo présenta sa Giulietta.

Quelle qu’en soit l’origine, ce rappel shakespearien frappa l’imagination du monde ; à cause du nom de la “jeune fille romantique qui, penchée au balcon de Vérone, écoute les mots doux de son amoureux », la Giulietta fut affublée du surnom de “fiancée d’Italie”.

 

Giulietta Sprint 1954.

Mais revenons à 1954, la Giulietta Sprint fait ses débuts au printemps 1954, à l’occasion du Salon de l’Automobile de Turin, où elle est accueillie comme une vedette du cinéma.

Après le succès de la 1900, Alfa Romeo présente un coupé agile, compact et très performant, qui marque l’entrée du Constructeur dans le segment des voitures équipées de moteurs avec une cylindrée inférieure à 1500 cm3.

La carrosserie élancée, dessinée par Bertone, exploite rationnellement les principes aérodynamiques. A l’avant, la calandre et les grills latérales, typiques des voitures Alfa Romeo, sont résolument modernes.

 

Le légendaire moteur à quatre cylindres de 1290 cm3.

Cette date marque aussi, et peut être surtout, la naissance d’un moteur à double arbre de 1290 cm3, réellement révolutionnaire pour son époque, caractérisé par une utilisation massive de l’alliage d’aluminium.

Chef de file des « quatre cylindres » Alfa Romeo, ce moteur a été mis au point par Giuseppe Busso, ancien concepteur de moteurs d’avion, selon des critères qui privilégient la réduction du poids.

Pour la première fois, des critères de qualités supérieures, de puissance et de sécurité se retrouvent dans voiture de cylindré et de dimensions compactes.

 

Giulietta Sprint 1954.

Ces standards permettent de préserver, à un prix accessible, les caractéristiques de maniabilité et de dynamisme qui ont fait le succès de la 1900.

Ainsi nait la Giulietta Sprint, coupé homologué 2 2 places, qui sera produit jusqu’à 1962, décliné en trois séries principales, auxquelles s’ajouteront les versions Sprint Veloce et les dernières unités fabriquées en 1962 et simplement dénommées “1300 Sprint”.

Au total, la Giulietta Sprint a été produite à 24.084 unités ; 3.058 unités pour la Giulietta Sprint Veloce ; 1.252 unités pour la Giulietta Sprint Speciale ; 217 unités pour les Giulietta SZ et Giulietta SZ Coda Tronca.

Dans toutes ses versions, le modèle Giulietta a représenté un phénomène de société à part entière : elle a été la protagonistes de nombreux films des années 60, du « boom » économique et de la « dolce vita ».

Personne n’a échappé à son énorme pouvoir de séduction : de l’homme de la rue, pour lequel elle représentait un rêve, à des personnages célèbres tels que Sofia Loren, Gina Lollobrigida, Ester Williams, Diana Dors, Vittorio Gassman et tant d’autres.

Elle est devenue le symbole de la croissance sociale et économique de l’Italie.

On peut affirmer que la Giulietta a inventé la catégorie des voitures de cylindrée 1300, destinée à s’étendre rapidement à l’échelon européen.

 

Giulietta Berlina, lors de l'élection de Miss Italia 1955

En 1955, il n’existait pas au monde une autre berline possédant les mêmes caractéristiques mécaniques et de performance que celles de la Giulietta. C’est pourquoi elle est devenue un archétype.

Malgré le poids de années, ce modèle a gardé intact son tempérament unique, issu de la glorieuse tradition d’Alfa Romeo. Cette personnalité séduisante se retrouve d’ailleurs dans la Giulia, héritière naturelle de la Giulietta, qui n’a cessé de perfectionner dans le temps les qualités avant-gardistes et les performances record du modèle qui l’a précédée. Forte de son rôle de précurseur, Alfa Romeo a toujours devancé ses concurrents, en produisant des voitures de moyennes dimensions dont les performances n’avaient rien à envier à celles des modèles de cylindrée supérieure et dont le comportement routier bénéficiait de l’expérience acquise sur les circuits du monde entier.

1954 : LA “GIULIETTA SPRINT » FAIT SES DEBUTS AU SALON DE TURIN

19 avril 1954, inauguration du 36ème Salon de l’Automobile de Turin : tous les projecteurs sont braqués sur la Giulietta Sprint, présentée quelques jours avant à la presse italienne. Le Salon turinois réserve de nombreuse surprises : la voiture exposée n’est pas le prototype « Lotteria » rouge qui avait été le protagoniste d’une cérémonie évocatrice, à grand renfort de figurants en costume, dans l’usine du Portello. En fait, la « Giulietta Sprint » exposée sur le stand Alfa Romeo, est peinte en Azur Capri et est dépourvue tant de hayon que de bouchon du réservoir à carburant.

Il est nécessaire, maintenant, de faire un pas en arrière. S’il est vrai que les lignes de la Giulietta Sprint ont été dessinées par la Carrosserie Bertone, il est tout aussi vrai que de nombreux stylistes ont participé à la naissance de ce coupé.

En effet, la configuration initiale est l’œuvre de Giuseppe Scarnati, designer d’Alfa Romeo qui, entre 1951 et 1953, avait conçu et réalisé le premier prototype dans l’atelier Carrosseries Spéciales d’Alfa Romeo. Le résultat n’avait cependant pas séduit Francesco Quaroni, directeur général de la Marque, qui décida donc de faire appel aux stylistes Mario Boano (Ghia) et Franco Scaglione (Bertone). La collaboration entre les deux designers donna lieu à un premier prototype, mais Mario Boano fut appelé entre-temps à diriger le tout nouveau Centre de Style Fiat et dut donc abandonner le projet.

A ce moment, Nuccio Bertone proposa à Francesco Quaroni de mener le projet à terme, seul. En s’inspirant de la mythique 1900 Sprint de 1951 et de sa version Super Sprint (avec une vitesse de pointe de 190 km/h, il s’agissait de la voiture « deux litres » la plus rapide de son époque), Bertone dessina la Giulietta Sprint avec une partie avant qui reprenait le stylème de la « 1900 » : une grille centrale et une série de « moustaches » qui délimitent les prises d’air, tandis que le groupe optique arrière est arrondi, sans feu de recul. Donc, si l’idée de la Giulietta a vu le jour au sein de l’entreprise (c’est le groupe d’étude d’Alfa Romeo, dirigé par Orazio Setta, qui commença d’élaborer en 1951 la Giulietta), la version définitive porte incontestablement la signature de Franco Scaglione des Carrosseries Bertone.

Charme et sportivité caractérisent cette voiture qui, selon les programmes du Constructeur, devait créer un climat de curiosité pour préparer l’arrivée de la Giulietta Berlina, prévue pour l’année suivante. C’est pourquoi ses volumes de production étaient au départ très réduits. Mais l’accueil réservé à la Giulietta Sprint changera complètement la donnée : après le Salon de Turin, tous les concessionnaires Alfa Romeo sont littéralement pris d’assaut.

Pour Bertone, le défi devient plus ambitieux : le carrossier turinois n’est certes pas en mesure de répondre à une telle demande. Mais le maître ne recule pas devant les difficultés. Pour y faire face, Nuccio Bertone fait appel à l’habilité des emboutisseurs qui travaillaient dans de petites entreprises turinoises. Ce sont eux qui lui fournissent les carrosserie en parties embouties à la main sur un gabarit de bois et en partie constituées de tôles estampées. C’est pourquoi les première Giulietta Sprint (12 unités seulement furent immatriculées en 1954) sont des pièces uniques, toutes différentes les unes des autres. A ce stade, la capacité d’invention et le courage ne font certes pas défaut ; toutefois, la demande prend d’énormes proportions, alors que le travail artisanal a des coûts exorbitants. Pour résoudre cette équation, Bertone inaugure en 1960 son nouvel établissement à Grugliasco, tout près de Turin, en transformant ainsi sa carrosserie en une réalité industrielle de renommée mondiale.

Mais revenons au Salon de Turin de 1954. La première Giulietta attire immédiatement l’attention des spécialistes et du public, comme en témoignent les 700 commandes reçues au cours du Salon. Le succès est d’autant plus formidable que cette voiture coûte plus de 1.700.000 lires, alors que le salaire moyen d’un ouvrier est de 40.000 lires et qu’un poste de télévision coûte 180.000 lires. A ce propos, la télévision italienne fête ses 50 ans en même temps que la Giulietta Sprint. Le 3 janvier 1954 est en effet la date officielle de démarrage des émissions : environ 4 heures par jour offertes à près de 24.000 abonnés de l’épique. 170.000 postes de télévision sont achetés en l’espace d’un an ; 350.000 en 1955 et plus d’un million en 1958.

L’Italie est en train de changer et sa modernisation s’effectue également au travers d’un nouveau moyen de communication qui accompagne et témoigne de cette période historique. A la veille du “boom” économique, le nouveau coupé Alfa Romeo voit le jour dans une époque en pleine effervescence.

Malgré ses dimensions compactes (elle mesure 3980 mm de longueur, 1540 mm de largeur et 1320 mm de hauteur), cette voiture se distingue par des lignes épurées, révolutionnaires pour son époque et toujours actuelles. Vue de côté, la Giulietta Sprint semble avoir expressément été conçue pour les compétitions : la garniture chromée du bas des portes est le seul détail décoratif de cette carrosserie élancée.

Cette vocation sportive est d’ailleurs confirmée à l’intérieur, caractérisé par un sobre tableau de bord revêtu de tôle, regroupant le tachymètre, le compteur de kilomètre totalisateur et journalier, le compte-tours, les indicateurs de la pression et de la température de l’huile, la jauge de carburant et l’indicateur de température de l’eau.

Passons du style à la mécanique. Les lignes “dessinées par le vent” se conjuguent avec un moteur avant-gardiste de 1290 cm3, qui développe une puissance maximale de 65 ch à 6000 tr/mn. Avec une vitesse de pointe de 165 km/h, la Giulietta Sprint est la voiture la plus rapide de sa catégorie.

Le moteur à quatre cylindres en ligne de 1,3 litre est réalisé en aluminium (une « première » absolue dans l’industrie automobile), tout comme le carter de la boîte de vitesses et le boîtier du différentiel. Les chemises des cylindres sont reportées en fonte spéciales ; la distribution est du type à double arbre à cames en tête (une autre exclusivité parmi les moteurs de petites cylindrée de l’époque), tandis que la vilebrequin bénéficie de cinq paliers.

 

Giulietta Sprint 1957 à changement de vitesses au plancher.<br/>

Cette propulsion adopte également un levier des vitesses au volant (un levier au plancher sera disponible à partir de 1957) et un frein à main “à tringle”, situé sur la planche de bord, à gauche du volant. La suspension avant est à roues indépendantes avec ressorts hélicoïdaux, doubles triangles transversaux et barre stabilisatrice ; la suspension arrière est elle à essieu rigide avec ressorts hélicoïdaux, triangle supérieur et tirants. Le freinage est garanti par quatre tambours réalisés par Alfa Romeo en ayant recours à un procédé de fusion spécial.

Gage de performances brillantes et d’un excellent comportement routier, la Giulietta Sprint représente à cette époque ce qui se fait de mieux dans le domaine automobile.

A ces qualités, elle ajoute une gamme d’options absolument unique à cette époque:

un ensemble de valises munies de courroies pour les arrimer aux assises des places arrière (une banquette est disponible en option)

les phares antibrouillard

l’autoradio

le tableau de bord revêtu de similicuir

la sellerie en cuir

les déflecteurs aérodynamiques

le volant sport à trois branches en aluminium et bois.

La palette des teintes de carrosserie s’enrichit de nouvelles références :

Azur Iseo, Azur Capri, Rouge Alfa, Blanc Gardénia, Noir, Vert Claire, Bleu Très Clair, Gris Très Clair, Beige Banane et Bleu Hiver.

Enfin, lorsqu’un client choisit une ou plusieurs options, sa voiture est personnalisée en apposant une bague chromée autour de l’écusson Alfa Romeo arrière.

En l’espace de quelques mois, la Giulietta Sprint remporte un incroyable succès commercial, prête à débarquer aux Etats-Unis en version America.

Par rapport à son homologue européenne, cette version se distingue par une garniture chromée qui entoure et divise en deux les petits groupes optiques arrière ainsi que par le filet chromé qui enrichit les deux « moustaches » latérales de la calandre.

A l’intérieur, la Sprint America propose le tachymètre en milles.

Une curiosité : au Salon de Paris de 1954, Alfa Romeo présente prototype dénommé “Manuali” car il avait été utilisé quelques mois auparavant pour réaliser les notices et les photos officielles du modèle.

 

Petit dépliant Giulietta Sprint & Sprint Veloce 1960.

1956 : ELLE DEVIENT ”VELOCE” POUR TRIOMPHER

Deux ans après ses débuts, la Giulietta Sprint choisit de nouveau le Salon de Turin pour présenter une autre nouveauté en avant-première internationale : la Giulietta Sprint Veloce (Ière série).

Sur le plan esthétique, hormis les sigles d’identification, il n’y a pas beaucoup de différence par rapport à la Giulietta Sprint. La mécanique et les performances méritent par contre un discours à part.

En effet, par rapport à la Sprint, cette version se caractérise par l’adoption de deux carburateurs Weber et un allégement des parties mobiles de la carrosserie ainsi que des pare-chocs, réalisés en aluminium. Tant la lunette arrière que les vitres latérales coulissantes (celles de la Sprint étaient par contre descendantes) sont réalisés en perspex, avec des cadres en aluminium. Ce dernier matériau a été retenu pour les garnitures qui entourent les projecteurs avant.

Dans l’habitacle, le niveau de finition est encore plus « spartiate » que celui de la Sprint : panneaux de portes concaves, rangement ouvert, sièges simplifiés et plus enveloppants. La Giulietta Sprint Veloce a été “allégée” de plus de 72 kg (son poids en ordre de marche est de 780 kg).

Plus légère, cette version est aussi équipée d’un moteur plus puissant.

Les ingénieurs du Portello ont directement travaillé sur le moteur de 1,3 litre, dont la puissance maximale atteint désormais 80 ch à 6.500 tr/mn (ils deviendront 96 avec la IIème série de 1959).

Ce résultat a été obtenu grâce à l’augmentation du rapport volumétrique, à l’adoption d’une nouvelle distribution avec un différent calage des arbres à cames, ainsi que de collecteurs d’admission simple, munis de deux carburateurs à double corps Weber 40 DCOE3, alimentés par une pompe à essence électrique Bendix.

Ainsi modifié, le “4 cylindres” est moins souple, mais monte très facilement en régime, jusqu’à atteindre une vitesse de pointe de 170 km/h (175 pour la IIème série de 1959).

Puissante et impétueuse, la Giulietta Sprint Veloce a été conçue pour les compétitions. En effet, elle participe dans les années 50 aux Mille Miglia, Targa Florio, Tour de France et Rallye de Sestrière, où elle se bat avec acharnement, en dominant face à des voitures de cylindrée supérieure. Ces exploits suscitent l’intérêt des clients qui, sans avoir l’intention de participer à des compétitions, recherchent néanmoins une voiture de sport racée.

C’est pour eux que le Constructeur lance en septembre 1957 une version plus “touristique”, officiellement dénommée « Confortevole ». Produite en série limitée (environ 200 unités), elle conjugue le niveau de finition de la version “Sprint Ière Série” avec la mécanique de la « Veloce ».

A l’extérieur, la Giulietta « Confortevole » se distingue par les vitres descendantes en perspex (avec cadre en aluminium) et les projecteurs avant de large diamètre.

1955-1957 : LA FAMILLE GIULIETTA S’ELARGIT

La Giulietta Berline est lancée en avril 1955.

Pour la première fois, un modèle à vocation résolument sportive, devient une automobile de série, destinée à tous ceux qui recherchent une voiture pratique et compacte, sans pour autant renoncer aux performances propres à un coupé de sport.

La  » voiture de famille qui gagne aux compétitions » était née. Confiée à des champions, elle s’adjuge les trophées les plus convoités tandis que, selon un slogan de l’époque, « même la maman peut la conduire ».

Une nouvelle époque s’ouvre, dans laquelle Alfa Romeo jouera une fois de plus un rôle de précurseur pour « rendre le plaisir de la conduite sportive accessible à tout le monde ».

Au mois d’octobre de la même année, c’est le tour de la Giulietta Spider, “la signorina”, comme l’appelle affectueusement Gian Battista Farina, qui a dessiné ses lignes élancées et très originales.

 

Publicité française de la Giulietta Spider.

Réalisée à partir de la plate-forme de la Sprint, mais avec un empattement réduit, la Giulietta Spider remporte un succès international.

 

Giulietta Spider 1955.

Aux Etats-Unis, elle est accueillie avec enthousiasme et saluée par la presse spécialisée, qui la définit : “un superbe exemple de continuité de cette tradition italienne qui, de par sa classe, permet de reconnaître immédiatement une Alfa Romeo”.

 

Petit dépliant Giulietta Sprint Speciale 1960.

 

Nous arrivons ainsi en 1957 et à la présentation de la Giulietta Sprint Speciale, issue d’une collaboration réussie entre Alfa Romeo et la Carrosserie Bertone.

Cette voiture est équipée d’un moteur 1,3 litre de 100 ch à 6.500 tr/mn (vitesse de pointe de 189 km/h), accouplé à une boîte de vitesses à 5 rapports synchronisés.

La version SS mesure 412 cm de longueur et 166 cm de largeur, avec un empattement de 225 cm.

Basse et aérodynamique, la silhouette de la Giulietta SS est le résultat d’essais effectués sur l’autoroute Milan-Turin.

 

Giulietta Sprint Speciale 1960.

La voiture à moitié recouverte de fils de laine, est prise en photo et filmée depuis un véhicule qui la suit. Ainsi, les turbulences d’air qui se créent dans certaines zones de la carrosserie, témoignées par le mouvement désordonné des fils, permettent aux stylistes de modifier les lignes de la voiture, au profit de ses qualités esthétiques et aérodynamiques.

1959 : LA GIULIETTA SPRINT IIème SERIE ET LA “DOLCE VITA”

Un soir, fin août 1958, Federico Fellini invita à dîner Tazio Secchiaroli, Carlo Bavagnoli, Pierluigi Praturlon, Sandro Vespasiani, Ezio Vitale, Guglielmo Coluzzi et d’autres. Il s’agit des célèbres “paparazzi”, protagonistes des folles nuits romaines, prêts à “voler” des images, des histoires et de « scoops » à vendre aux journaux. C’est de cette rencontre que naîtra le film “La Dolce vita”.

 

Un concurrent français sur Giulietta Spider au Rallye Lyon-Charbonnières de 1962.

A la fin des années 50, Rome est la capitale du cinéma et de la jet-set internationale : Via Veneto est grouillante de monde ; les boîtes branchées et les hôtels de luxe sont fréquentés par des acteurs et des écrivains, tandis que les célébrités de l’époque se donnent rendez-vous aux tables des café à la mode.

Un caléidoscope de langues, de musique, de parfums et de couleurs.

Au travers de ces images, le monde entier découvre Via Veneto, Rome et l’Italie entière, qui était alors en train d’oublier les difficiles années d’après-guerre.

Le “boom” économique explose : une richesse diffuse pousse les gens à redécouvrir la joie de vivre et d’expérimenter dans les domaines de l’art, du design, de la télévision et de la mode.

Pour l’histoire de l’automobile aussi, les années 50 constituent une période incontournable.

 

Petit dépliant 1960 des Giulietta Spider & Spider Veloce.

Dans ce contexte, Alfa Romeo est l’une des protagonistes incontestées de par la classe, l’élégance et la sportivité de ses modèles.

Les 1.900 Sprint, Giulietta Sprint et Giulietta Spider sillonnent les routes européennes avec style et raffinement, telles de grandes vedettes du cinéma.

L’on pense immédiatement aux séduisantes Sofia Loren, Anita Ekberg et Brigitte Bardot, mais aussi à des actrices dotées d’un charme particulier et d’une grande intensité d’expression, telles que Anna Magnani et Giulietta Masina.

C’est justement l’épouse de Fellini, marraine de la Giulietta, qui salue en 1960 la naissance de la voiture n° 100.001.

Au cours des années de la “Dolce Vita”, la mode italienne commence de s’affirmer dans le monde. C’est alors que naît ce qu’on appelle aujourd’hui l’“Italian Glamour”.

La Dolce Vita est associée à des valeurs fondatrices de l’identité et du charme de l’Italie : le style de vie, la qualité des spécialités gastronomiques et des vins, la créativité et un certain “savoir vivre”, mélange de classe et d’élégance, qualités que la Giulietta Sprint conjugue avec la sportivité.

Elle représente le compromis idéal entre ces deux vocations, apparemment incompatibles, qui trouvent un équilibre magique dans la IIème Série de ce modèle.

 

Notice d'entretien Giulietta 1960.

24 juin 1958, autodrome de Monza : Alfa Romeo présente la Giulietta Sprint IIème Série, souvent appelé “prototype Monza”.

Cet événement revêt une importance particulière, car cette version a été dessinée par Giorgetto Giugiaro, qui travaillait à l’époque au Centre de Style Bertone.

 

Giulietta Berlina 1959.

Les retouches du célèbre designer concernent essentiellement la partie avant :

les prises d’air sont regroupées sous une seule grille

les projecteurs sont surdimensionnés

de nouveaux clignotants sont ajoutés

les groupes optiques arrière adoptent un catadioptre séparé

l’éclairage de la plaque minéralogique est enchâssé dans le pare-chocs (conformément aux dispositions du nouveau Code de la Route de 1958).

 

Giulietta Sprint 1959 2ème série.

Le moteur est le « classique » 1,3 litre, dont la puissance atteint désormais 89 ch, grâce à l’adoption de nouveaux collecteurs d’échappement, d’une culasse renforcée et de soupapes de plus grand diamètre.

La boîte de vitesses est pourvue de synchroniseurs Porsche et d’une commande à soufflet.

 

Giulietta Sprint 1959.

Quelques mois plus tard, à l’occasion de la présentation officielle de 1959, les spécialistes découvrent un certain nombre de modifications par rapport au prototype “Monza” :

par exemple, les feux de recul sont blancs (au lieu d’orange)

les sièges, d’un nouveau dessin, sont revêtus de tissu en carreaux.

Le moteur développe une puissance de 80 ch à 6.300 tr/mn et permet d’atteindre une vitesse de pointe de 170 km/h.

Malgré l’absence de changements majeurs à l’extérieur, la façon de réaliser la coque a considérablement évolué.

 

Giulietta Sprint 1961.

En effet, après des années de travail quasi manuel, Bertone inaugure en 1960 sont nouvel établissement (à Grugliasco, près de Turin), où les coques sont assemblées par points de soudure électrique, en juxtaposant des panneaux entièrement emboutis par des presses.

 

Giulietta SS 1957.

Présentée dans la même période, la Giulietta Sprint Veloce IIème Série bénéficie des mêmes modifications esthétiques (sans l’allégement de la carrosserie) et est équipée d’un moteur 1,3 litre qui développe 100 ch à 6.500 tr/mn et qui permet d’atteindre une vitesse de pointe de 174 km/h.

La boîte de vitesses à 5 rapports de la version « Sprint Speciale » est disponible en option, contre supplément.

 

Giulietta Sprint 1959 2ème série.

1960-1961 : EN COURSE AVEC LE VENT

La légende d’Alfa Romeo est née en grande partie des victoires sportives qui ont toujours été associées à cette Marque.

 

Giulietta Ti à Chimay en 1961.

Elles sont tellement nombreuses qu’elles constituent à elles seules une histoire longue et enthousiasmante, vécue par des hommes passionnés de moteurs et de solutions techniques avant-gardistes. Il est donc impossible de résumer en quelques pages le palmarès imbattable des bolides rouges du Portello.

Rappelons plutôt quelques événements sportifs liés à la Giulietta Sprint, pour mieux comprendre comment est né et s’est développé au fil du temps, sur les circuits les plus difficiles, l’immense patrimoine technologique et mécanique qui permet aujourd’hui à la Marque de créer des voitures séduisantes et pleines de tempérament.

L’une de ces pages concerne le carrossier Elio Zagato auquel le pilote Massimo Leto di Priolo demande de transformer sa Giulietta SV, détruite lors d’une compétition.

Le maître milanais intervient sur les lignes de manière tout à fait personnelle et avec la plis grande liberté en ce qui concerne notamment les matériaux de la carrosserie et des parties mobiles.

A la place de l’acier, il utilise presque systématiquement un alliage léger qui permet de maintenir le poids de la voiture au-dessous de 854 kg, limite prescrite par le règlement des compétitions de la catégorie Grand Tourisme (limite qui passera à 840 kg en 1962).

Le prototype ainsi réalisé fait ses débuts en 1956 à Monza, en remportant la Coupe Intereurope.

 

Une rarissime Giulietta SVZ de la 2ème génération, lors de la Coupe des Alpes 1958.

La voiture plaît à la direction d’Alfa Romeo, qui en commande un certain nombre d’unités.

Par rapport à la version Sprint Speciale, dont elle garde la mécanique et le moteur, la Giulietta SZ, produite entre 1960 et 1961, diffère sur le plan esthétique. Elle mesure 392 cm de longueur et 154 cm de largeur, avec une partie arrière légèrement bombée.

Entre 1961 et 1962, apparaît la Giulietta SZ Coda Tronca : la carrosserie est encore plus basse (la hauteur passe de 125 à 123 cm), les freins avant sont à disque et la silhouette se termine par un arrière tronqué, muni d’une lunette panoramique.

Cette version atteint une vitesse de pointe de 200 km/h et, par rapport à la SZ, mesure 8 cm de longueur en plus et 4 cm de largeur en moins.

 

Giulietta SZ 1ère série en 1962.

Mais la transformation réalisée par Zagato n’est pas la seule opération qui a contribué à créer le mythe de la Giulietta Sprint en tant que “voiture de sport racée”.

Rappelons, par exemple, la Sprint Veloce du pilote Rabino, entièrement redessiné par Sergio Scaglietti, carrossier des Ferrari.

Ou encore la Giulietta Special, surnommée « Goccia » pour ses lignes audacieusement aérodynamiques, réalisée par le carrossier Michelotti et mise au point par le mécanicien Conrero pour le pilote Francesco De Leonibus qui, sur le circuit de Monza, fait enregistrer une vitesse de pointe de 272 km/h.

1962 : LA GIULIETTA DEVIENT “GIULIA”

Cette brève synthèse de l’histoire de la Giulietta se termine en juin 1962, lorsque le modèle change de nom et de cylindrée.

Sur la piste de Monza, Alfa Romeo présente la Giulia 1600 Sprint, version de la Giulietta Sprint équipée d’un moteur de 1570 cm3, qui développe 92 ch à 6200 tr/mn et qui permet d’atteindre une vitesse de pointe de 172 km/h.

La Giulia Sprint 1600 réalise un compromis idéal entre une mécanique plus évoluée et plus puissante et les lignes intemporelles de la Giulietta. Les différences par rapport à la deuxième série de la Giulietta Sprint ne sont pas très nombreuses :

le capot moteur a été redessiné et les clignotants latéraux sont devenus rectangulaires

les panneaux des portes sont entièrement revêtus en similicuir

les freins adoptent des tambours surdimensionnés.

Bien entendu, le logo « 1600 » est apposé sur les flancs et le coffre à bagages.

 

 

Giulietta Sprint 1954.

Dans l’habitacle, la planche de bord a presque entièrement été redessinée. Revêtue en similicuir, elle accueille des nouvelles commandes pour le réglage de la température de l’air.

Les sièges, plus confortables, sont d’un nouveau dessin, tout comme le volant, toujours en bakélite noire, mais avec trois branches en aluminium.

Enfin, à partir de la première moitié de 1963, les stylistes modifient le graphisme du tableau de bord, dominé par une instrumentation sur fond noir.

La Giulia Sprint 1600 sera produite à plus de 7.100 unités, dont les dernières en 1964.

1964 : “1300 SPRINT”, UN DERNIER HOMMAGE AU MYTHE

Dans l’histoire de la Giulietta, il y a même eu un événement qui ne se produit que très rarement dans l’industrie automobile.

Quelques temps après avoir cessé la production de la Giulietta Sprint, Alfa Romeo décide de reprendre son assemblage jusqu’à la fin de 1965.

En réalité, la voiture présentée lors du Salon de Genève de 1964 s’appelle simplement « 1300 Sprint ».

Toutefois, ses lignes, sa cylindrée et son volant à deux branches rappellent indiscutablement la glorieuse Giulietta.

Cette version particulière reprend également certains élément de la Giulia 1600 Sprint :

les instruments disposés sur une même rangée

les clignotants latéraux

le système de freinage, avec des disques à l’avant.

Les flancs et le coffre arborent le sigle « 1300 ».

La « 1300 Sprint » se veut le dernier hommage à l’un des modèles Alfa Romeo les plus importants de l’histoire de l’automobile, qui a inspiré une autre grande voiture : la « Giulia Sprint GT », qui sera fabriquée à 225.000 unités.

Mais il s’agit là d’une autre histoire…