Michelin Story

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Alors que l’industrie automobile française est en plein désarroi, à la recherche d’une identité propre, qui ne peut être à long terme la construction de clones allemands, certes de bonne qualité, mais sans « le petit plus qui décide à faire le pas », une marque française, Ô combien, liée à cette industrie automobile demeure depuis plus d’un siècle La Référence dans son domaine, même si elle n’est pas la plus exemplaire socialement parlant.

 

Bibendum (2004)Bibendum, le « Bonhomme Michelin » élu logo du siècle en l’an 2000 (2004)

 

Par son histoire, par sa puissance industrielle, mais aussi (et surtout) par son savoir-faire, Michelin est sans doute parmi tous les fabricants de pneus au monde celui qui puisse le plus se prévaloir du label « Premium ».

 

 

 

Voici un court aperçu de l’histoire de Michelin.

 Bibendum en objet publicitaire, une statuette en bronze des années vingtBibendum en objet publicitaire, une statuette en bronze des années vingt

Le premier brevet relatif aux pneumatiques remonte à 1845.

Il est pris par Robert W. Thomson et concerne une « roue à air » mais n ‘aura aucune suite pratique.

Quelques années plus tard, lors de l’essor des vélocipèdes, on entoure les roues de caoutchouc afin d’amortir les secousses dues au roulement.

En 1888, un vétérinaire écossais du nom de John Boyd Dunlop, a l’idée d’adapter un bandage pneumatique autour des roues du tricycle de son fils.

Il s’agit d’un tube en caoutchouc rempli d’air et fixé sur la jante par une bande de toile caoutchoutée et collée, invention que Dunlop fait breveter.

Le système a du succès car il remédie en partie à l’absence de suspension.

Dunlop fournit l’essentiel des bandages pour cycles, mais un gros inconvénient du système demeure.

Lors d’une crevaison du tube rempli d’air, la réparation est longue et difficile, car il faut décoller de la jante le tube crevé, le réparer puis le recoller sur la jante.


André Michelin (c.1925)André Michelin (c.1925)

Edouard Michelin (c.1925)

Edouard Michelin (c.1925)

A la même époque, en 1888, les frères Michelin, André (1853 – 1931), ingénieur civil et Edouard (1859 – 1940), élève aux Beaux-Arts, reprennent à Clermont-Ferrand une petite affaire familiale sur le déclin.

L’affaire devient Michelin & Cie en 1889.

Elle ne comporte guère plus de 50 personnes et est spécialisée dans la fabrication d’objets en caoutchouc.

Parmi ceux-ci, Michelin fabrique des bandages pour cycles.

Ce qui va changer bien des choses est l’arrivée dans la cour de l’usine Michelin d’un touriste en tricycle dont un pneu vient de crever.

Edouard Michelin voit de près le travail de réparation du bandage, qui nécessite trois heures pour démonter, réparer et remonter, pour ensuite laisser sécher toute la nuit….

Et là, c’est la révélation, l’idée géniale:

La chambre à air ne sera plus collée sur la jante, mais maintenue en place sur celle-ci par le bandage en caoutchouc fixé sur la jante par des boulons.

En cas de crevaison, le gain de temps est énorme.

C’est le pneu démontable dont le brevet est déposé par Michelin le 18 juin 1891.

 

 

Le pneu démontable Michelin (1889)Le pneu démontable Michelin (1889).On voit la fixation du pneu à la jante par boulons

La consécration du système se situe en 1892, lors de la course cycliste Paris-Brest-Paris, le coureur Charles Terront, le seul dont le vélo soit équipé de pneus à chambre Michelin, enlève la première place avec huit heures d’avance sur le second, il effectue les 1.200 kms à 17 km/h de moyenne.

C’est un grand succès pour Michelin et son pneu démontable.

Petit à petit l’auto commence à faire parler d’elle, les roues sont alors cerclées d’un fin bandage en caoutchouc plein.

Dès 1894, les frères Michelin pensent au pneumatique mais le poids d’une voiture étant évidemment beaucoup plus important que celui d’un vélo, on n’est pas certain que ce soit possible.

 «L’Eclair», première voiture montée sur pneumatiques, effectue le trajet Paris Bordeaux et retour (1895)«L’Eclair», première voiture montée sur pneumatiques, effectue le trajet Paris Bordeaux et retour (1895)

En 1895, les Michelin décident de s’inscrire à la course Paris-Bordeaux-Paris.

N’ayant pu obtenir une voiture neuve, ils bricolent trois véhicules avec des châssis et moteurs divers mais une seule prendra le départ.

C’est un châssis Peugeot équipé d’un moteur Daimler de bateau.

Elle roule mais en zigzagant, d’où son nom «L’Eclair».

Il y a 46 inscrits, 22 au départ et 9 à l’arrivée.

«L’Eclair» est la seule voiture montée sur pneus.

«L’Eclair» a été assemblée aux usines Michelin mais par des amateurs ignares en automobile.

Aussi le trajet n’est qu’une succession de pannes mécaniques bricolées sur place tant bien que mal, plus bien entendu, d’innombrables crevaisons.

Mais «L’Eclair» finit par arriver à Paris, bonne dernière, ayant parcouru les 1.200 kilomètres en moins de 100 heures.

Mais le plus important se situe ailleurs : les pneus ont tenu.

Pour la première fois, une automobile a roulé sur l’air.

Dès ce moment, le nombre de voitures à être montées sur pneumatiques augmentera sans cesse.

La Jamais Contente de Jenatzy qui dépasse en 1899 les 100 km/h sur pneus MichelinLa Jamais Contente de Jenatzy qui dépasse en 1899 les 100 km/h sur pneus Michelin

Michelin fournit en 1899 à Camille Jenatzy les pneus de la « Jamais Contente », les 100 km/h seront franchis sur pneus Michelin.

Ils sont de petit diamètre et de large section.

A partir de ce moment, Michelin participe à toutes les grandes courses internationales, souvent avec succès.

Plaquette publicitaire « Théâtre illustré du pneu » (1912) explique ce qu’il faut faire et ne pas faire avec ses pneusPlaquette publicitaire « Théâtre illustré du pneu » (1912) explique ce qu’il faut faire et ne pas faire avec ses pneus

Plaquette publicitaire « Théâtre illustré du pneu » (1912) explique ce qu’il faut faire et ne pas faire avec ses pneus

 

Cendrier publicitaire MICHELIN en faïence (c.1935)Cendrier publicitaire MICHELIN en faïence (c.1935)

 

 

Epinglette Michelin (c.1930)Epinglette Michelin (c.1930)

De cette époque aussi date le fameux « Bonhomme Michelin » autrement dit le «Bibendum» (1898 pour sa création et 1901 pour les premières affiches), l’idée vient d’un amoncellement de pneus que le dessinateur O’Galop interprète en bonhomme.

C’est la personnification de Michelin qui perdure toujours (Le Bibendum a été élu logo du siècle en l’an 2000 par un jury international).

 Affiche publicitaire illustrée par O’Galop, vantant les pneus vélosAffiche publicitaire illustrée par O’Galop, vantant les pneus vélos

Divers Guides Michelin exposés à la Porte de Versailles durant le Mondial de l'Automobile 2012Divers Guides Michelin et  autres cartes routières du même nom exposés à la Porte de Versailles durant le Mondial de l’Automobile 2012

En 1900, apparaît une autre initiative d’André Michelin :

Le lancement du Guide Michelin rouge, qui reprend la liste des hôtels et restaurants en les classant selon la qualité.

Au début, il était offert gratuitement à tout acheteur d’automobile mais il devient ensuite payant.

La première année il sera édité à 3.000 exemplaires et un siècle plus tard, il existe toujours et depuis des décennies il fait la pluie et le beau temps dans les cuisines des restaurants étoilés.

Quelques exemples de bornes et de panneaux routiers MICHELINQuelques exemples de bornes et de panneaux routiers MICHELIN

De même, depuis 1910, Michelin fournit d’excellentes cartes routières et obtient de l’Etat le numérotage des routes.

La société offre alors des bornes en lave auvergnate portant les numéros des routes.

Lors du Grand Prix de France 1906, les voitures utilisant les pneus Michelin ont des jantes amovibles qui permettent, en cas de crevaison, un remplacement rapide.

 

 

Paris-Madrid (1903), la Mors de Gabriel, première à BordeauxParis-Madrid (1903), la Mors de Gabriel, première à Bordeaux

 

 

Victoire à la Gordon Bennett 1905 avec Thery sur Richard BrasierVictoire à la Gordon Bennett 1905 avec Thery sur Richard Brasier

En 1913, Michelin sera aussi un pionnier de la roue tout acier, en tôle, très répandue pendant les années vingt.

 Des roues Michelin en tôle au début des années vingtDes roues Michelin en tôle au début des années vingt

Peu avant 1914, Michelin étudie et expérimente diverses solutions pour améliorer l’adhérence des pneus sur la route.

Les pneus sont soit lisses, soit renforcés par des rivets d’acier, soit sculptés.

Chaque système a ses avantages et ses inconvénients.

Parallèlement aux études et à la production de pneumatiques, Michelin s’intéresse à l’aviation.

Quand la guerre éclate en 1914, l’aviation française est pauvre en appareils et le gouvernement incite les industriels à en construire.

Michelin prend les brevets Bréguet et construit en quatre ans plus de 1.800 avions de combat ainsi que plus de 300.000 bombes de divers calibres.

 Vue aérienne des usines de Clermont-Ferrand (c.1925)Vue aérienne des usines de Clermont-Ferrand (c.1925)

L’usine s’étend considérablement et, en 1921, la surface du petit atelier des débuts a été multipliée par 27.

Un des prototypes des Michelines à la fin des années vingt sur base HispanoUn des prototypes des Michelines à la fin des années vingt sur base Hispano
Détail d'un pneu de prototype de la Micheline Détail d’un pneu de prototype de la Micheline

A la fin des années vingt, Michelin s’intéresse aux pneumatiques adaptés au matériel ferroviaire en créant les « michelines », autorails montés sur pneus qui auront une certaine diffusion sur les lignes françaises de desserte locale jusqu’à la guerre.

Michelin fournira une centaine de ces « michelines » munies de moteurs Hispano ou Panhard.

Il faut remarquer que les autorails Renault, Dietrich et Bugatti, appelés souvent michelines, n’en sont pas et ne roulent pas sur pneus.

Une Micheline réussit l’exploit de faire Paris-Deauville en 2 heures 15 minutes en septembre 1931Une Micheline réussit l’exploit de faire Paris-Deauville en 2 heures 15 minutes en septembre 1931Une Micheline réussit l’exploit de faire Paris-Deauville en 2 heures 15 minutes en septembre 1931

Micheline 36 places
Micheline 36 places

En 1931, on déplore le décès d’André, et Edouard devient le seul patron.

Au milieu des années trente, les Michelin deviennent, bien malgré eux, constructeurs d’automobiles.

En effet, ils sont un gros fournisseur de Citroën dont les affaires vont mal au cours des années trente.

Citroën fera faillite en 1934 et Michelin, gros créancier, ne voit que la solution de reprise de l’usine de Javel pour espérer récupérer son énorme créance.

Pierre Michelin (1903 – 1937), un des fils d’Edouard, devient président du conseil d’administration de Citroën tandis que la direction effective échoit à Pierre-Jules Boulanger, engagé par Edouard Michelin dès 1919 et dont il sera un proche collaborateur (1885 – 1950), qui fait mettre convenablement au point la traction avant, puis fait entamer les études de la 2 CV.

Néanmoins, Michelin reste avant tout un très grand fabricant de pneumatiques.

Comme énoncé plus haut, avant 1914, le pneu est lisse ou renforcé par des rivets d’acier.

Puis sort le pneu à talon à enveloppe noire et sculptée.

Ensuite on remplace les toiles à fils croisés par des câbles parallèles.

En 1923, sort le pneu à pression de gonflage réduite, c’est le « Confort Bibendum » qui devient le Superconfort en 1931.

Plaquette publicitaire du pneu Confort Poids-Lourd (1932)Plaquette publicitaire du pneu Confort Poids-Lourd (1932)

 

 

Pneu Super Confort (c.1933)Pneu Super Confort (c.1933)

 

A la fin des années trente, les fils sont remplacés par des fils d’acier, on obtient le «MICHELIN Pilote».

Gadget publicitaire de 1959, montre le Michelin X extérieur et intérieur

Gadget publicitaire de 1959, montre le Michelin X extérieur et intérieur

Gadget publicitaire de 1959, montre le Michelin X extérieur et intérieur

Puis vient le fameux « Radial », dans lequel les câbles sont placés dans les deux sens, c’est le fameux Michelin X commercialisé à partir de 1949.

Depuis lors, Michelin mène en parallèle avec le succès que l’on connait son développement industriel et la Recherche & Développement qui ne peuvent être esquivés si l’on veut maintenir le cap sur le long terme et cela malgré l’intrusion, malheureusement inévitable, des financiers focalisés sur la rentabilité à court terme.

Outre les pneus MICHELIN Energy (1994) dits « verts » qui diminuent la résistance à l’avancement et donc la consommation,

voici une rapide sélection de quelques nouveauté présentées par Michelin au cours de ces dernières années:

 

 

-MICHELIN Active Wheel (2004), un système qui intègre un moteur électrique et une suspension active à la roue pour un poids (non suspendu) relativement faible (env. 7 kg).

MICHELIN Active Wheel (2004)MICHELIN Active Wheel (2004)

 

-MICHELIN Hy-Light (2004), concept car à pile à combustible à hydrogène doté des jantes « Active Wheel »

MICHELIN Hy-Light Concept car (2004)

MICHELIN Hy-Light Concept car (2004)

MICHELIN Hy-Light Concept car (2004)

 

-MICHELIN Tweel (2004), une roue formée d’une jante réellement « increvable », puisque sans air… Et donc, ce n’est plus étymologiquement parlant un pneumatique…MICHELIN Tweel (2004

MICHELIN Tweel (2004)

MICHELIN Tweel (2004)

-MICHELIN Airless (2004), autre roue non pneumatique, esthétiquement plus proche du pneu actuel.

MICHELIN Airless (2004)MICHELIN Airless (2004)

 

– ViaMichelin, carte routière numérique et interactive adaptable à tous les medias internet depuis 2001.

ViaMichelin, carte routière numérique et interactive adaptable à tous les medias internet depuis 2001

ViaMichelin, carte routière numérique et interactive adaptable à tous les medias internet depuis 2001.

ViaMichelin, carte routière numérique et interactive adaptable à tous les medias internet depuis 2001

 

Michelin possède des unités de fabrication dans 18 pays et domine 20 % du marché mondial des pneus.

En 2011 Michelin a vendu 184 millions de pneus.

A la mort d’Edouard Michelin en 1940, la direction passe à deux co-gérants, Pierre-Jules Boulanger et Robert Puiseux (1892 – 1991), beau-fils d’Edouard Michelin.

Puis la présidence du groupe industriel sera prise par François Michelin (né le 15 juin 1926) qui prendra la direction jusqu’en 1999, en « cogérance » avec son cousin germain François Rollier (1915 – 1992).

Suivront, Edouard Michelin (né le 13 août 1963) qui décède accidentellement en 2006, Michel Rollier (né le 19 septembre 1944), son cousin, lui succède jusqu’au 11 mai 2012, date où Jean-Dominique Senard (né le 7 mars 1953) devient le premier grand patron de la société à ne pas avoir de liens familiaux avec la famille Michelin.

Compresseur Michelin (c.1920)Compresseur Michelin (c.1920)

Quelques publicités « Bibendum » britanniques :

Bibendum (GB - 1947)
Bibendum (GB – 1947)

Bibendum (GB - 1947)
Bibendum (GB – 1947)

Bibendum (GB - 1947)Bibendum (GB – 1947)

Bibendum (GB - 1948)
Bibendum (GB – 1948)

Bibendum (GB - 1948)Bibendum (GB – 1948)

Bibendum (GB - 1949)
Bibendum (GB – 1949)

Bibendum (GB - 1950)
Bibendum (GB – 1950)

Bibendum (GB - 1952)
Bibendum (GB – 1952)

Bibendum (GB - c.1990)
Bibendum (GB – c.1990)

Bibendum (Affiche publicitaire de 1927)
Bibendum (Affiche publicitaire de 1927)

Vue partielle du stand MICHELIN au cours de l'expo L'Automobile et la Publicité organisée durant le salon de Paris 2012Vue partielle du stand MICHELIN au cours de l’expo L’Automobile et la Publicité organisée durant le salon de Paris 2012.

Vue partielle du stand MICHELIN au cours de l'expo L'Automobile et la Publicité organisée durant le salon de Paris 2012