Nécrologie

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Avia Série D 2013



Le climat économique morose vient de faire une nouvelle victime parmi les producteurs d’automobiles européens.

Il s’agit de l’entreprise tchèque Avia, dont les usines sont situées à Prague Letnany.

L’entreprise était aux mains du groupe indien Ashok Leyland, lui-même intégré dans le puissant groupe Hinduja.


Avia Série D 2013

Avia (1919-2013)

La firme tchèque proposait des camions de la catégorie moyenne inférieure (de 7,5 à 12 t).

Ce 17 juin 2013, Ashok Leyland Ltd, faisant partie du puissant groupe financier Hinduja, a décidé d’euthanasier l’entreprise tchèque Avia, dont elle était propriétaire depuis 2006.

La production des véhicules cessera dès ce 31 juillet 2013 à l’usine de Prague Letnany.

Bien sûr, toutes les dispositions légales concernant les garanties et la fourniture de pièces détachées seront assumées.

Ashok Leyland invoque le climat économique des plus moroses pour justifier la cessation de ses activités de production à Prague.

L’entreprise n’exclut pas de revenir sur le marché européen, lorsque la situation économique en Europe se redressera.

Malheureusement, les produits qui seraient proposés alors, proviendraient d’autres sites de production du groupe (lisez : hors Europe).

Avia 1919 2013


Historique succinct de la marque Avia.

C’est en 1919, que la firme Avia est fondée, avec comme mission de produire des avions.

Logique donc, que la firme porte ce nom.

L’activité aéronautique se poursuivra jusqu’au début des années soixante.

Avia s’est lancé dans la production des véhicules utilitaires dans l’immédiat après-guerre (WW2).

La firme a notamment produit les camions Praga S5T et V3S.

Ce dernier a été particulièrement plébiscité, puisqu’avec son moteur à refroidissement par air et son « look » de vétéran de la Guerre de Cent Ans (lol), il est resté en production jusqu’en 1988.

Précisons également que, durant quelques années, il a été vendu sur le marché belge.

Mentionnons également que certaines firmes ont proposé des programmes de modernisation de ce fameux V3S.

Praga V3S

En 1967, Avia acquiert la licence des célèbres camions légers Saviem Renault SG2 et SG3/SG4.

Ils seront construits à l’usine de Letnany sous les dénominations Avia A15 et A20/A30.

Cette production sous licence des camionnettes et camions Saviem s’est avérée très rentable pour le constructeur tchèque.

Dans le cadre du Comecom, la Tchécoslovaquie d’alors, devait fournir tous les pays amis (lisez : socialistes) de véhicules utilitaires légers jusqu’à 6 tonnes.

Inutile de dire que le succès à l’exportation était au rendez-vous.

Le véhicule a, par ailleurs, également trouvé des acquéreurs dans d’autres pays que ceux d’obédience socialiste.

En 1983, la production a culminé avec pas moins de 19.000 exemplaires.

Avia Daewoo

Après la chute du mur de Berlin/du Communisme, les choses se sont gâtées.

En 1995, Avia est tombé entre les mains du géant coréen Daewoo.

Au niveau de la qualité du produit, l’arrivée des coréens a été, incontestablement, un plus.

Les véhicules ont été remis au goût du jour, pour autant que ce fût possible.

En même temps, Daewoo a investi des sommes importantes afin de moderniser l’outil de production, ainsi que dans l’étude et le développement d’une nouvelle gamme de camions, la série D, qui fut lancée en 2000 sur le marché.

Avia Daewoo Série D

A cette époque, les coréens avaient fait main basse sur à peu près tout ce que l’Europe de l’Est comptait comme fabricants d’utilitaires.

C’est ainsi que l’usine polonaise de Lublin est également tombée dans les mains des coréens de Daewoo.

C’est dans ce cadre, que les fourgonnettes polonaises furent assemblées entre 1996 et 1999 à l’usine de Letnany.

Camionnette Lublin

En 1999, la crise frappe durement l’économie coréenne.

Le géant Daewoo vacille, périclite.  Les différentes composantes du groupe trouvent des acquéreurs et continuent leurs activités.  C’est ainsi que le secteur VP a trouvé refuge chez GM, les camions, chez Tata et les engins de génie civil sont allés chez Doosan. Les autres composantes du géant coréen continuent leur petit bonhomme de chemin avec d’autres propriétaires.

Les branches européennes de Daewoo vivotent, et finalement, Avia est repris en 2005 par Odien, qui revend la branche véhicules utilitaires aux indiens de Hinduja, en 2006.

Pour embrouiller encore plus l’écheveau, Odien reste propriétaire d’une firme appelée Avia as, qui gère les propriétés immobilières de Avia d’avant le règne du capitalisme sauvage en Europe de l’Est.

L’année dernière, Avia a écoulé 1.003 camions.

La firme avait également participé pour la toute première fois de son histoire au salon du véhicule utilitaire de Hanovre (Lkw IAA).

Que penser de tout cela ?

Sans doute est-il plus pragmatique, plus raisonnable d' »euthanasier » une entreprise qui a difficile à combattre les géants du secteur, et, qui finira sans doute par devenir une source de pertes, un gouffre financier sans fond.

D’autre part, on peut s’inquiéter de voir des firmes issues des économies émergentes, prendre le pouvoir dans nos entreprises, car les financiers du bout du monde n’ont que peu d’état d’âme (cf. Arcelor Mittal), et ne semble s’intéresser qu’au profit à court terme (dans une logique très Anglo-Saxonne du libéralisme pur et dur).

De plus, la propriété intellectuelle va être délocalisée, et sera perdue pour notre vieux continent.

Les nostalgiques ajouteront que le paysage automobile utilitaire va perdre un visage « familier » de plus, et deviendra encore plus uniforme.

Avia Série D 2013

Carbon Motors (2003-2013)

Autre disparition dans le monde automobile, la firme américaine Carbon Motors.

Cette société n’aura pas vécu bien longtemps, et n’a produit qu’un prototype.

La firme a été fondée en 2003 avec comme but de produire une patrouilleuse (voiture de police) high-tech, spécialement étudiée pour cette mission.

Le « business plan » de la firme reposait essentiellement sur un emprunt de 310.000.000 $ du « Department of Energy » américain.

Le 7 mars de l’année dernière, cet emprunt est refusé.

Néanmoins, malgré ce refus, la firme signait le 22 mars 2012 un contrat avec BMW, portant sur la livraison de 240.000 (deux cent quarante mille !!!) moteur six cylindres diesel.

Les actifs de la firme sont estimés à 18.976 $, constitués par du mobilier, des livres, la propriété intellectuelle de la firme et, tout de même, un prototype.

Fin de parcours pour la patrouilleuse « hi-tech » américaine…