LES VOITURES HYBRIDES DANS L'HISTOIRE
Depuis quelques années, plusieurs constructeurs nous présentent des réalisations intéressantes faisant appel à une combinaison moteur à essence/ énergie électrique.
Il ne s'agit cependant pas d'une nouveauté.
Au tout début de l'automobile, diverses réalisations firent appel à de pareilles solutions bien que les motivations soient différentes des actuelles. En effet, en 1900, nul ne se souciait des réserves de pétrole et encore moins de l'environnement. Par contre, on cherchait à simplifier la conduite des véhicules.

Les premières pétroléo-électriques furent sans doute dues aux Pieper, Henri et ses fils Henri junior et Nicolas. Les Pieper fabriquaient à Liège des armes, des cycles et de l'appareillage électrique, ils s'intéressèrent à l'automobile dès la fin des années mille huit cent nonante.

Ils étudièrent notamment un système pétroléo-électrique dit aussi système mixte. Les premières Pieper mixtes furent présentées dès mars 1899. Ces machines comportaient un moteur à essence et une génératrice pouvant fonctionner soit en dynamo, soit en moteur électrique, ainsi qu'un important jeu de batteries. Au démarrage, le moteur à essence était lancé par la génératrice fonctionnant en moteur alimenté par les batteries. En terrain plat, le moteur à essence tournait à son régime optimum et entraînait les roues. Dans les côtes, le moteur à essence était aidé par la génératrice fonctionnant en moteur et puisant son courant dans les batteries, par contre, en descente, on récupérait de l'énergie car la génératrice rechargeait les batteries.
Ce système simplifiait les boîtes de vitesses de l'époque, compliquées et dures à utiliser mais était coûteux car comportait deux moteurs différents ainsi que des batteries, lourdes et chères à l'achat comme à l'entretien. Les voitures pouvaient également circuler uniquement grâce à l'énergie des batteries seules.
Ces Pieper mixtes furent construites jusqu'en 1901 parallèlement à des voitures purement essence pour certaines, entièrement électriques pour d'autres. Pieper abandonna la construction automobile vers 1903.


Les brevets Pieper refirent surface en Belgique en 1905 lors de la formation de la société Auto Mixte à Liège. Elle était dirigée par l'ingénieur luxembourgeois Pescatore et la société des batteries Tudor en était actionnaire. Comme dans les Pieper pétroléo-électriques, un moteur à essence actionnait une génératrice reliée d'une part à la transmission, d'autre part à un jeu d'accumulateurs, la génératrice se transformait en moteur alimenté par les accus pour aider le moteur à essence dans les côtes et elle rechargeait les accus dans les descentes.

L'Auto Mixte produisait des voitures mais surtout des véhicules industriels, camions, autobus, voitures de pompiers, véhicules militaires et même une auto blindée.

En 1912, l'Auto Mixte changea de nom et prit celui de son directeur, Pescatore. La production de l'usine tournait autour d'une cinquantaine de véhicules par an, la guerre 1914-18 mit un terme à l'affaire.


L'Auto Mixte fut construite en France pendant quelques temps sous le nom de GEM et dirigée par Léonce Girardot.


L'usine anglaise Daimler, de Coventry, utilisa les brevets Pieper vers 1908-10 pour étudier un autobus appelé KPL qui comportait deux moteurs sans soupapes Daimler Knight actionnant chacun une dynamo fournissant du courant à un moteur électrique relié à une des roues arrière. L'engin ne fut jamais construit en série.

Une autre personnalité s'intéressant au système fut Camille Jenatzy, industriel du caoutchouc et constructeur de véhicules électriques, pilote de grand renom, le premier à avoir atteint 100 km/h en 1899.

Il fit construire au début 1901 à la FN de Herstal deux grosses voitures de course, une pour lui, l'autre pour Pierre de Caters. Ces voitures comportaient un moteur à essence de 60 CV et un moteur électrique de 40 CV. Mais ces voitures ne furent jamais bien au point et Jenatzy transforma la sienne en voiture purement essence en éliminant le moteur électrique.

Il resta cependant intéressé par le système, car il exposa à Paris en fin 1901 un prototype utilisant les brevets Pieper, le moteur à essence étant un Mors. Quelques exemplaires semblent avoir été construits en 1902-03 sous le nom de Jenatzy-Martini à Liège, à l'usine d'armes Martini (rien à voir avec les voitures suisses homonymes).
Quant à la dernière réalisation belge pétroléo-électrique, elle est très récente et due aux ateliers ACEC de Charleroi. Il s'agissait d'un véhicule blindé à chenilles appelé Cobra et présenté en 1985. Muni d'un moteur Cummins Diesel et d'une transmission électrique, il s'avéra très maniable et de conduite facile. Plusieurs prototypes se succédèrent mais aucune commande ne vint jamais.

Les deux plus importants constructeurs français de voitures électriques, Mildé et son confrère Kriéger, construisirent vers 1903-04 quelques voitures pétroléo-électriques selon le schéma moteur à essence entraînant une génératrice, le courant de celle-ci alimentant un moteur électrique d'une part, des accus d'autre part. Ici aussi, la voiture pouvait rouler sur le moteur à essence et la transmission électrique ou encore sur les batteries seules.

Une autre approche du système pétroléo-électrique fut celle du célèbre Ferdinand Porsche. Employé chez Lohner,un des plus importants carrossiers viennois,il mit au point des voitures électriques qui avaient la particularité d'avoir les moteurs de propulsion placés dans les moyeux des roues motrices, l'énergie étant fournie par d'importantes batteries. Ces moteurs dans les moyeux simplifiaient fortement la transmission. Cependant le rayon d'action des voitures étant faible, Porsche chercha à s'en affranchir en utilisant un moteur à essence actionnant une génératrice alimentant directement les moteurs des moyeux. Dans ce cas, les batteries n'interviennent plus qu'occasionnellement pour la traction, par exemple pour traverser un village dans un calme relatif. La première Lohner Porsche pétroléo-électrique apparut en fin 1901, le moteur à essence provenait de l'usine autrichienne Daimler.

Lohner construisit des pétroléo-électriques jusqu'en 1906, certaines sous le nom de Mercedes Mixte. 1906 vit le départ de Ferdinand Porsche pour l'Austro Daimler. A partir de 1907 et pour quelques temps, Austro Daimler construisit des véhicules de même technique sous le nom de Mercedes Mixte également et pour le compte d'une société de ce nom.


Ensuite Austro Daimler entama pour l'armée austro-hongroise l'étude et la construction d'énormes tracteurs d'artillerie utilisés avec succès pendant la première guerre mondiale.

Le dernier de ces tracteurs, utilisé pour le déplacement de canons géants Skoda ne fut ferraillé qu'après 1945.

Pendant la guerre 1914-18, l'armée française utilisa aussi des véhicules pétroléo-électriques, notamment un certain nombre de camions Crochat, construits à Paris et à Dijon, un moteur à essence faisait tourner une génératrice dont le courant alimentait un moteur électrique, lui-même solidaire de la transmission. La transmission électrique Crochat équipait en outre les fameux chars St Chamond.

Bien d'autres réalisations existèrent mais il s'agissait surtout de systèmes de transmission. Ainsi, les camions et bus anglais Tilling-Stevens de 1912 à 1930 ou encore un certain nombre de véhicules allemands Faun des années vingt et trente, sans oublier les Crown-Magnetic munies du système Entz au début des années vingt.


Texte et archives de Jacques et Yvette Kupélian
